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Spinoza vu par Hegel

Leçons sur l'histoire de la philosophie. Werke, 20. Suhrkamp

La philosophie de Descartes a pris de très nombreux tours non spéculatifs. A elle, se rattache immédiatement Spinoza, qui l’a poussée à toutes ses conséquences. Il a surtout étudié la philosophie de Descartes et parlé dans sa terminologie. Le premier écrit1 de Spinoza est « Principes de la philosophie de Descartes ». La philosophie spinoziste se présente par rapport à la philosophie de Descartes seulement comme une amplification conséquente et une application de ce principe. Pour lui l’âme et le corps, la pensée et l’être cessent d’être des choses particulières, étant chacune en soi. Spinoza, en tant que Juif, rejeta complètement le dualisme qui caractérisait le système de Descartes. Cette profonde unité de sa [158] philosophie, telle qu’elle se manifeste en Europe, l’esprit, l’infini et le fini identiquement en Dieu, non comme dans un troisième terme, c’est comme un écho de l’Orient.2 La vision orientale de l’identité absolue est introduite dans la pensée européenne et rapprochée encore plus immédiatement du philosopher européen cartésien.→ plus

Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Mardi 08/12/2015 • 0 commentaires  • Lu 1479 fois • Version imprimable

Libre comme Spinoza

En librairie depuis le 25 septembre: Libre comme Spinoza par Denis Collin, éditions Max Milo.
Spinoza est le principal et le plus génial représentant de ces « Lumières radicales » qu’a identifiées Jonathan Israël. Dans ces Provinces Unies tout juste émancipées de la tutelle impériale puis espagnole, il n’est pas un penseur solitaire, mais un homme engagé à sa façon dans un puissant mouvement qui vise l’émancipation humaine. Avec Spinoza s’annonce « le crépuscule de la servitude », pour reprendre le titre du livre d’André Tosel. Et c’est bien d’un grand commencement dont il s’agit.
Il ne faut pas se méprendre. Les lumières de Spinoza ne consistent pas seulement à dissiper les prétendus mystères et les brumes de la religion pour leur substituer la connaissance scientifique, rationnelle, de la réalité (Dieu ou la nature). Spinoza n’est pas seulement un démystificateur : il ne s’agit pas d’ôter les fleurs imaginaires qui camouflent les chaînes mais de briser les chaînes qui asservissent l’homme pour cueillir la fleur vivante. Comprendre les lois de la nature, c’est très bien, mais plus utile encore est la compréhension des lois de la nature humaine, la compréhension des mécanismes affectifs qui permettent la domination des uns et la servitude de tous. C’est le sens profond de L’Éthique : comment se libérer, comment bien vivre ? Les plus grands, Diderot, Hegel, Marx, se nourriront de cet enseignement-là.


Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Vendredi 17/10/2014 • 0 commentaires  • Lu 1738 fois • Version imprimable

Spinoza ou le crépuscule de la servitude

Note de lecture du livre d'André Tosel

Spinoza ou le crépuscule de la servitude
Spinoza ou le crépuscule de la servitude - Essai sur le Traité Théologico-Politique par André Tosel – Aubier, 1984 collection « Philosophie de l’esprit »

 

Il s’agit ici d’une analyse du TTP, dans lequel Spinoza confronte ce qu’il appelle la superstition de la religion révélée à son onto-théologie reposant sur la nature et la raison. Ainsi, à l’idée d’une nature et d’une nature humaine créées par un Dieu transcendant, il oppose l’idée vraie de la nature comme substance de laquelle découle l’idée vraie de nature humaine.  Le détour par le « Deus Sive Natura » est donc nécessaire pour comprendre l’affirmation du réel infini au travers de ses modes finis, et donc pour comprendre ce que nous sommes. Spinoza met ainsi en évidence que la superstition trouve son origine dans le premier genre de connaissance, l’imagination, inhérente à la nature humaine, mais à laquelle celle-ci ne doit pas se limiter. Dans l’Éthique, Spinoza a en effet montré que la nature humaine commence par une soumission à ses affects, dont elle peut se libérer grâce à la connaissance de la nature externe, de laquelle découle sa propre nature. Le TTP  œuvre donc à la mise en lumière de la véritable possibilité pour l’homme de se libérer de l’ignorance, entretenue par l’imagination, et qui le pousse à la croyance religieuse, le détournant ainsi de son utile propre qu’il croit pourtant, à tort, réaliser ainsi.

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Par Marie-Pierre Frondziak • Spinoza, spinozisme • Vendredi 01/08/2014 • 0 commentaires  • Lu 3637 fois • Version imprimable

Commentaire du Traité Politique de Spinoza (V)

Chapitre V

 

 

  1. Nous avons montré, au chapitre II, article 11, que l’homme s’appartient d’autant plus à lui-même qu’il est plus gouverné par la raison, et en conséquence (voyez chap. III, art. 3) que l’état le plus puissant et qui s’appartient le plus à lui-même, c’est celui qui est fondé et dirigé par la raison. Or le meilleur système de conduite pour se conserver autant que possible étant celui qui se règle sur les commandements de la raison, il s’ensuit que tout ce que fait un homme ou un État en tant qu’il s’appartient le plus possible à lui-même, tout cela est parfaitement bon. Car ce n’est pas la même chose d’agir selon son droit et d’agir parfaitement bien. Cultiver son champ selon son droit est une chose, et le cultiver parfaitement bien en est une autre. Et de même il y a de la différence entre se défendre, se conserver, porter un jugement conformément à son droit, et faire tout cela parfaitement bien. Donc le droit d’occuper le pouvoir et de prendre soin des affaires publiques ne doit pas être confondu avec le meilleur usage possible du pouvoir et le meilleur gouvernement. C’est pourquoi, ayant traité précédemment du droit de l’État en général, le moment est venu de traiter de la meilleure condition possible de chaque État en particulier.

Ce chapitre est à certains égards en rupture de tonalité avec les précédents. Il s’agissait jusqu’à présent de décrire l’État tel qu’il est, en partant de la « vérité effective de la chose », comme aurait dit Machiavel. Maintenant, il s’agit de définir ce que pourrait être le meilleur État, un État dont les lois seraient fondées sur la droite raison et qui pourtant ne serait pas une utopie ; ce sera l’objet exact des chapitres VI à XI dont précisément ce chapitre V annonce les principes généraux et la nécessité.

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Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Lundi 03/06/2013 • 1 commentaire  • Lu 7760 fois • Version imprimable

Commentaire du Traité Politique de Spinoza (IV)

Chapitre IV

 1 - Nous avons traité au chapitre précédent du droit des pouvoirs souverains, lequel est déterminé par leur puissance, et nous avons vu que ce qui le constitue essentiellement, c’est qu’il y ait en quelque sorte une âme de l’État qui dirige tous les citoyens ; d’où il suit qu’au souverain seul il appartient de décider ce qui est bon ou mauvais, ce qui est juste ou injuste, en d’autres termes, ce qu’il convient à tous et à chacun de faire ou de ne pas faire. C’est donc au souverain seul de faire les lois, et, quand il s’élève une difficulté à leur sujet, de les interpréter pour chaque cas particulier et de décider si le cas donné est conforme ou non conforme à la loi (voyez les articles 3, 4, 5 du précédent chapitre) ; c’est encore à lui de faire la guerre ou de poser les conditions de la paix, de les offrir ou d’accepter celles qui sont offertes. (Voyez les articles 12 et 13 du même chapitre.)

Ce premier paragraphe rappelle les prérogatives du pouvoir souverain – sachant que celles-ci découlent tout simplement de sa puissance : il fait les lois parce que lui seul, par sa puissance peut les imposer.

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Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Dimanche 02/06/2013 • 0 commentaires  • Lu 3366 fois • Version imprimable

Commentaire du Traité Politique de Spinoza (III)

Chapitre III

1. Tout État, quel qu’il soit, forme un ordre civil, le corps entier de l’État s’appelle cité et les affaires communes de l’État, celles qui dépendent du chef du gouvernement, constituent la république. Nous appelons les membres de l’État citoyens en tant qu’ils jouissent de tous les avantages de la cité, et sujets en tant qu’ils sont tenus d’obéir aux institutions et aux lois. Enfin il y a trois sortes d’ordres civils, la démocratie, l’aristocratie et la monarchie (comme nous l’avons dit au chapitre précédent, article 17). Avant de traiter de chacune de ces formes politiques en particulier, je commencerai par établir les principes qui concernent l’ordre civil en général, et avant tout je parlerai du droit suprême de l’État ou du droit des pouvoirs souverains. → plus

Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Jeudi 30/05/2013 • 0 commentaires  • Lu 4823 fois • Version imprimable

Commentaire du Traité Politique de Spinoza (II)

Chapitre II, §9 à 24

9. Il suit encore de là que tout homme appartient de droit à autrui aussi longtemps qu’il tombe sous son pouvoir, et qu’il s’appartient à lui-même dans la mesure où il peut repousser toute violence, réparer à son gré le dommage qui lui a été causé, en un mot, vivre absolument comme il lui plaît.  → plus

Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Samedi 11/05/2013 • 0 commentaires  • Lu 7566 fois • Version imprimable

Commentaire du "Traité Politique" de Spinoza (I)

Chapitre II, §2 à 8 - traduction Saisset

2. Toutes les choses de la nature peuvent être également conçues d’une façon adéquate, soit qu’elles existent, soit qu’elles n’existent pas. De même donc que le principe en duquel elles commencent d’exister ne peut se conclure de leur définition, il en faut dire autant du principe qui les fait persévérer dans l’existence. En effet, leur essence idéale, après qu’elles ont commencé d’exister, est la même qu’auparavant ; par conséquent, le principe qui les fait persévérer dans l’existence ne résulte pas plus de leur essence que le principe qui les fait commencer d’exister ; et la même puissance dont elles ont besoin pour commencer d’être, elles en ont besoin pour persévérer dans l’être. D’où il suit que la puissance qui fait être les choses de la nature, et par conséquent celle qui les fait agir, ne peut être autre que l’éternelle puissance de Dieu. Supposez, en effet, que ce fût une autre puissance, une puissance créée, elle ne pourrait se conserver elle-même, ni par conséquent conserver les choses de la nature ; mais elle aurait besoin pour persévérer dans l’être de la même puissance qui aurait été nécessaire pour la créer. → plus

Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Mercredi 01/05/2013 • 0 commentaires  • Lu 3995 fois • Version imprimable

L'athéisme problématique de Spinoza

Dès la publication du Traité théologico-politique (TTP), Spinoza se fait une réputation d'athée et d'ennemi de la religion qui ne le quittera plus. La « réfutation de l'athée Spinoza » est même un genre littéraire en vogue dès la fin du XVIIe siècle et au cours du XVIIIe siècle. Même les défenseurs de Spinoza ; quand ils veulent populariser ses thèses philosophiques le font sous couvert de réfuter cet auteur qui sent le souffre : Vico, qui se défend de tout spinozisme et multiplie les professions d'orthodoxie catholique romaine n'hésite pas à paraphraser l’Éthique en d'assez nombreuses « dignités » de la Science Nouvelle. Diderot, athée avoué, comme son ami le baron d'Holbach, se réclame ouvertement de Spinoza – et ce n'est pas à tort ! Plus récemment, Spinoza a été enrôlé dans le camp du matérialisme historique revu et corrigé par Althusser et son école, sans parler des « spinozistes » contemporains, comme les disciples de Toni Negri et les théoriciens de la « multitude ». La cause semble donc entendue : Spinoza s'inscrirait dans la lignée de l' moderne, celle qui passe par les « lumières radicales » et Ludwig Feuerbach. → plus

Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Samedi 05/01/2013 • 0 commentaires  • Lu 5734 fois • Version imprimable

Spinoza et l'amour intellectuel de Dieu

La Ve partie de l’Éthique est dominée par une formule, la plus énigmatique sans doute de toute cette œuvre immense : amour intellectuel de Dieu. Comprendre cette formule ou, au moins, essayer d’en souligner toutes les difficultés, c’est avancer sérieusement dans la compréhension de la doctrine de Spinoza tout entière. Il y a un certain « spinozisme de gauche » ou un «spinozisme pour libre penseur» qui repose sur quelques piliers assez faciles à définir : → plus

Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Samedi 14/03/2009 • 0 commentaires  • Lu 8945 fois • Version imprimable

De la servitude humaine

Lecture et explicitation de la quatrième partie de l'Ethique

La préface expose ce qui va être développé dans la 4e partie. Spinoza commence par la définition de la servitude de l’homme :
L’impuissance de l’homme à gouverner et à contenir ses sentiments, je l’appelle servitude. En effet, l’homme soumis aux sentiments ne dépend pas de lui-même mais de la fortune dont le pouvoir sur lui est tel qu’il est souvent contraint de faire le pire, même quand il voit le meilleur.
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Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Dimanche 25/01/2009 • 0 commentaires  • Lu 11329 fois • Version imprimable

De la nature et de l'origine des sentiments

Lecture et explicitation de la troisième partie de l'Ethique

Récapitulons : la première partie de l’Éthique porte sur la nature des choses qui, toutes, procèdent d’une réalité éternelle et infinie ayant une infinité d’attributs, chacun exprimant une essence éternelle et infinie. La deuxième partie, portant sur la nature de l’esprit, établit que l’esprit n’est rien d’autre que l’idée du corps et montre à quelles conditions nous pouvons avoir des idées adéquates, nous élevant du premier au troisième genre de connaissance, c’est-à-dire de la connaissance spontanée par imagination à la connaissance intuitive des essences singulières en passant par la connaissance des lois naturelles, à partir des « notions communes ». Il reste maintenant à entrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire dans ce qui constitue le cœur de l’ouvrage tel que son titre le définit. → plus

Par Denis Collin • Spinoza, spinozisme • Dimanche 07/12/2008 • 0 commentaires  • Lu 10063 fois • Version imprimable
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