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Nietzsche philosophe politique

à propos de "Nietzsche, il ribelle aristocratico" de Domenico Losurdo.

Par Denis Collin • Histoire de la philosophie • Dimanche 08/05/2005 • 31 commentaires  • Lu 20439 fois • Version imprimable

Domenico LOSURDO: Nietzsche, il ribello aristocratico. Biografia intelletuale e bilancio critico.
Bollati Boringhieri. Torino, 2002. 1174 pages.

"Dis-moi ce dont tu as besoin et je te trouverai une citation de Nietzsche [...] Pour l'Allemagne et contre l'Allemagne, pour la paix et contre la paix, pour la littérature et contre la littérature." (Tucholsky, Fraulein Nietzsche. Vom Wesen des Tragischen, 1932, mis en exergue de son livre par D.Losurdo)

Je ne sais pas si la somme de Losurdo sur Nietzsche, qui a fait grand bruit en Italie, trouvera un éditeur français. Il a fallu plus de dix ans pour qu'une petite maison d'édition, Le Temps des Cerises, traduise son Democrazia e bonapartismo, alors ne désespérons pas. Losurdo rompt, en effet, avec la tradition française du nietzschéisme - celle qui fait de Nietzsche un esthète ou un philosophe subversif post-soixante-huitard... Il prend au sérieux Nietzsche comme philosophe politique, tant il est vrai que la préoccupation politique traverse de part en part son oeuvre, en forme l'ossature et que toutes les évolutions successives de la pensée nietzschéenne sont d'abord des évolutions politiques.

Evidemment, nous avons pris l'habitude, ici, de détourner pudiquement le regard des textes où Nietzsche fait l"apologie de la supériorité de la race aryenne, réclame un "nouvel esclavage" ou "l'anéantissement des races décadences", "l'anéantissement de millions de mal réussis". Il y aurait, ses thuriféraires gauchistes, un bon Nietzsche à la pensée subversive, révolutionnaire, et quelques malheureux écarts de langage, voire des expressions à lire au troisième ou quatrième degré...

Losurdo procède à l'inverse: il montre patiemment comment cette dimension politique est inséparable de la pensée de Nietzsche. Ses évolutions, ses retournements philosophiques sont imbriqués aux retournements de la pensée politique et à l'histoire politique européenne. Sans faire un résumé ou une recension complète de l'ouvrage, je voudrais en donner ici quelques aperçus.

De l'authenticité allemande à la supériorité européenne

Losurdo montre en premier lieu que la Naissance de la tragédie et les textes de cette époque font appel à la "grécité" comme antidote à la modernité. C'est l'époque de la guerre franco-allemande, c'est aussi celle de la Commune de Paris. Losurdo souligne que "la correspondance et les fragments contemporains de la Naissance de la tragédie montrent de manière non équivoque avec quelle intensité Nietzsche a vécu la Commune de Paris et combien douloureuse et indélébile a été l'empreinte qu'a laissée en lui cet évènement." (p.14)
Les attaques de Nietzsche contre Socrate sont les attaques contre le plébéien ou le presque révolutionnaire. Pour Losurdo la Naissance de la tragédie aurait tranquillement pu porter le sous-titre "La crise de la civilisation de Socrate à la Commune de Paris".

La fin de l'Antiquité grecque, son véritable suicide, fonctionne comme une métaphore de la fin de l'Ancien Régime pour l'époque moderne. Les réflexions de Nietzsche font écho à celles des penseurs réactionnaires du XIXe siècle. La condamnation nietzschéenne de Socrate comme "fanatique de la dialectique" "fait penser au réquisitoire de Taine contre les protagonistes de la révolution française comme fanatiques de la logique." Le rapport de Nietzsche à la civilisation grecque n'est donc pas principalement esthétique ou métaphysique, mais d'abord politique. Il est lié, selon Losurdo, au fait que le jeune Nietzsche est proche du courant national-libéral allemand, violemment anti-français -- national, parce que défenseur de l'authenticité et de la supériorité allemandes (dans un esprit dont Fichte, avec ses Discours à la allemande avait donné la première expression), libéral parce que méfiant à l'égard du développement moderne de l'Etat. On sait également le rôle que jouera le thème de l'Allemagne héritière légitime de la Grèce chez de nombreux artistes, littérateurs et philosophes allemands, jusqu'à Heidegger. D'où aussi l'enthousiasme initial de Nietzsche pour le IIe Reich, appelé à détruire définitivement la vision optimiste et libérale du monde.

Un des éléments de cette première phase de la pensée de Nietzsche est la forte composante judéophobe. La fondation du IIe Reich produit ou revivifie les mythes généalogiques. Ce qui les unifie (on le verra chez Wagner), c'est l'opposition postulée de l'esprit allemand à l'esprit juif. "Les teutomaniaques qui célèbrent la mission chrétienne de l'Allemagne, sont enclins à déjudaïser le christianisme afin de le transformer en une sorte de religion nationale allemande." (p.166) Le mythe généalogiquement aryen oppose la communauté des peuples indo-européens dont la Grèce à la barbarie asiatique à laquelle appartient la Judée... C'est la raison des attaques de Nietzsche contre Strauss qui, déjà avec La vie de Jésus procède à une lecture sympathique du judaïsme. Ce qui domine, en cette période, la pensée de Nietzsche, c'est évidemment l'antisémitisme ou la judéophobie de Wagner -- la distinction établie par Pierre-André Taguieff, nous importe peu à cette étape. C'est la langue même de Strauss qui est mise en accusation, parce qu'introduisant dans l'allemand des impropriétés, des erreurs de syntaxe qui menacent sa pureté. Nietzsche reconnaît que Strauss n'écrit pas "comme les plus infâmes corrupteurs de la langue allemande, à savoir les hégéliens et leur difforme postérité" (Ière inactuelle, §12). Mais il faut tout de même inscrire ses péchés dans un "livre noir", car "qui a péché contre la langue allemande a profané le mystère de notre germanité; c'est notre langue seule qui, comme par l'effet d'un charme métaphysique, a su sauver l'esprit allemand en se sauvant elle-même par-delà tous les changements et tous les mélanges de moeurs et de nationalités. C'est également elle seule qui garantit la survie future de cet esprit, si elle ne succombe pas entre les mains infâmes du temps présent." (ibid.) Le manque de sens de la langue imputé à Strauss conduit Nietzsche à insinuer qu'il a des origines juives plus qu'allemandes. Avec précision, Losurdo montre comment, jusque dans le détail, on trouve dans les textes de Nietzsche de cette époque tous les thèmes de l'antisémitisme qui va ravager l'Europe, la France(le grand succès de la librairie de la fin du XIXe est La France juive de Drumont) autant que l'Allemagne et qui servira d'ingrédient au nazisme.

Deuxième angle d'attaque, deuxième étape de la philosophie nietzschéenne. Après avoir mis beaucoup d'espoirs dans le IIe Reich, Nietzsche va rapidement trouver dans son évolution réelle des motifs d'inquiétudes. Alors que l'Etat développe l'instruction publique, Nietzsche voit dans cet élargissement un affaiblissement de la culture: "Pour l'Etat a-t-il besoin de cet excès d'établissements de culture, de maîtres de culture? Pourquoi cette culture populaire, cette éducation populaire fondées sur une si large échelle? Parce que l'on hait l'authentique esprit allemand, parce que l'on craint la nature aristocratique de la vraie culture" (Sur l'avenir de nos établissements d'enseignement, 3e conférence, citée ici dans la traduction de Jean-Louis Backès).

Texte révélateur: la rupture que Nietzsche amorce avec la "communauté populaire" allemande, cette rupture qui sera la rupture avec Wagner, et qui le conduira à une réévaluation radicale des Lumières et de la culture française, par exemple, cette rupture n'est l'expression d'un "tournant progressiste" de Nietzsche, mais, au contraire, la formation d'un tempérament réactionnaire très particulier. Il va vraiment devenir le "rebelle aristocratique": l'Allemagne réelle est méprisable parce qu'elle a renoncé à défendre l'authenticité allemande et s'est mise finalement dans la voie de l'Angleterre et de la France. Nietzsche va désormais se penser comme "Européen", va se préoccuper de l'avenir de l'Europe. Réviser ses jugements antérieurs, il rompt avec le nationalisme allemand et réorganise sa pensée autour de la défense de la tradition et de la supériorité européennes.

Si Wagner ne comprend pas l'apostasie de son ex-disciple, et cherche des explications dans la psychologie, Losurdo propose, au contraire, de se concentrer sur la manière de philosopher de Nietzsche. "On ne peut pas évacuer la présence constante et le poids de l'histoire et de la réalité politique. Comment pouvait-il rester indifférent face à ce qui, à ses yeux, apparaissait, non sans raison, comme un tournant épocal? Le pays des penseurs et des poètes est maintenant à la tête du développement capitaliste; il s'était affiché comme le porte-drapeau de la lutte contre la révolution et maintenant il la promeut dans le pays défait; il s'était présenté comme l'antidote et maintenant il l'exprime jusqu'au bout et jusque dans ses aspects les plus répugnants." (p.281) C'est parce qu'il est philosophe "rigoureux" et par "honnêteté intellectuelle" que Nietzsche ne peut pas suivre la voie de Treitschke et de Wagner dont l'un deviendra historien officiel et l'autre musicien officiel. Autrement dit, c'est la fidélité à une certaine attitude morale et intellectuelle qui explique le tournant de Nietzsche. C'est encore cette fidélité qui le conduira et vers "l'illuminisme anti-révolutionnaire" (c'est-à-dire essentiellement vers les penseurs comme Voltaire) et vers les moralistes français.

Le parti de la vie

Losurdo souligne le fond libéral de la pensée de Nietzsche. Encore faut-il s'entendre sur ce terme. Le dont parle Losurdo et qu'il attribue à Nietzsche n'a pas grand chose à voir avec le politique classique (de Locke à Montesquieu) mais avec ce conservateur qui va prendre tout son essor après la révolution française. C'est un économique qui se méfie de l'intervention de l'Etat, car celui-ci, sous la pression des masses pourrait être enclin à prendre des mesures plus ou moins égalitaires, ou, en tout cas, des mesures d'aide aux plus défavorisés. C'est pourquoi Nietzsche est prompt aux déclarations anti-étatiques (celles qui ont contribué à créer la figure du Nietzsche gauchiste dont nous avons parlé au début de cet article), mais, au mieux, très méfiant vis-à-vis de la démocratie politique, et, le plus souvent, farouchement hostile au suffrage populaire.

Nietzsche va désormais mettre l'accent sur l'unité européenne, une Europe menacée de décadence, menacée par la montée du pouvoir des Etats, face aux pays "barbares". La Chine est souvent prise comme archétype de cette barbarie qui menace l'Europe. Comme Tocqueville, Nietzsche considère que les théoriciens révolutionnaires et socialistes ont, en fait, les yeux tournés vers le modèle chinois. Nietzsche reprend à son compte, sans le moindre esprit critique, tous les stéréotypes coloniaux de l'époque concernant ce pays. Ce changement le conduit en même temps, et là encore les nietzschéens gauchistes y trouvent leur compte, à brocarder la judéophobie et l'antisémitisme du culte de l'authenticité germanique. "Le Nietzsche de ces années célèbre les échanges, les rencontres, les fusions entre les cultures et les peuples. Mais c'est seulement une face de la médaille." (p.334) Nietzsche n'oppose plus la culture allemande authentique à la vulgaire civilisation des Anglais et des Français. La nouvelle dichotomie est Occident/barbares. Et si les échanges et les rencontres sont célébrés, cela ne peut concerner les échanges et les croisements entre conquérants et populations conquises. Les "races mixtes" font l'objet de critiques acerbes. Auprès d'elles, "on doit toujours trouver, à côté de la disharmonie des formes corporelles (par exemple quand les yeux ne s'accordent pas avec la bouche) aussi la disharmonie des habitudes et des concepts de valeur (Livingstone a dit un jour: "Dieu a créé les hommes blancs et noirs, mais le diable a créé les métis"). Les races mixtes sont constamment en même temps aussi des civilisations mixtes, elles sont en général plus mauvaises, plus cruelles, plus agitées." (Aurore, 272)

La pureté suppose la séparation des races considérées comme hétérogènes et incompatibles entre elles. Il faut bien comprendre le concept nietzschéen de "race pure". Pour lui, la race pure n'est pas un donné originaire, mais un résultat: une race pure est le résultat d'un processus de purification. Pour le Vieux Continent, ce processus peut être mis en oeuvre grâce à l'émigration (et la colonisation qui s'ensuit) et éventuellement par des mesures plus radicales. Pour Nietzsche (Aurore, 206), il faudrait alléger l'Europe du quart de sa population afin qu'elle ne soit plus surpeuplée.

Nietzsche se fait l'infatigable défenseur non seulement d'une nouvelle noblesse mais aussi d'un nouvel esclavage. On peut citer ici Le Gai Savoir (§40):

"Du manque de forme noble. — Les soldats et les commandants entre-tiennent toujours des rapports mutuels bien plus élevés que les ouvriers et les employeurs. Pour l'heure du moins, toute culture d'origine militaire se situe encore largement au-dessus de toute soi-disant culture industrielle : cette dernière est, sous sa forme actuelle, le mode d'existence le plus vulgaire qui ait jamais existé. C'est la simple loi du besoin qui s'y exerce : on veut vivre et l'on doit se vendre, mais on méprise celui qui tire profit de ce besoin et s'achète l'ouvrier. Il est étrange que l'on ressente la soumission à des personnes puissantes, effrayantes, voire terrifiantes, à des tyrans et à des chefs militaires comme infiniment moins pénible que cette soumission à des inconnus dénués d'intérêt comme le sont tous les magnats de l'industrie : l'ouvrier ne voit d'ordinaire dans l'employeur qu'un chien astucieux, qu'un vampire qui spécule sur toute misère, dont le nom, la tournure, les moeurs et la réputation lui sont totalement indifférents. Il est vraisemblable que les industriels et les gros négociants étaient jusqu'à présent trop dépourvus de toutes les formes et de toutes les marques distinctives de la race supérieure, qui seules rendent les personnes intéressantes; peut-être, s'ils avaient dans le regard et dans l'attitude la noblesse de l'aristocratie de naissance, n'y aurait-il pas de socialisme des masses. Car celles-ci sont au fond prêtes à toute espèce d'esclavage, à condition que le supérieur qui les commande légitime constamment sa supériorité, le fait qu'il est né pour commander — au moyen de la forme noble! L'homme le plus commun sent que la noblesse ne s'improvise pas et qu'il doit honorer en elle le fruit produit par de longues périodes, — mais l'absence de forme supérieure et la vulgarité tristement célèbre des industriels aux mains rouges et grasses le conduisent à penser que seuls le hasard et la chance ont ici élevé l'un au-dessus de l'autre : tant mieux, conclut-il par devers lui, faisons nous aussi l'essai du hasard et de la chance ! Jetons donc les dés ! — et c'est le début du socialisme."

À la différence des idéologues du capital, Nietzsche ne raconte pas d'histoires à dormir debout: la condition du prolétaire moderne n'est pas très différente de celle des esclaves antiques. Mais à la différence de Marx, il considère que l'esclavage est la condition indispensable à la survie de la civilisation européenne. C'est pourquoi l'instruction publique, la diffusion des journaux, le suffrage universel, bref tout ce qui peut contribuer à dresser l'esclave moderne contre sa condition servile est néfaste. Comme est néfaste la compassion à l'égard des malheureux. L'adversaire, au delà de la démocratie et du christianisme est désigné de la manière la plus nette: c'est le socialisme.

C'est pourquoi Nietzsche fait l'apologie de la duplicité. Critique féroce de la religion, il s'appuie sur Voltaire pour défendre l'utilité de la religion pour "la canaille".Bref, Nietzsche est de plain-pied dans les problèmes de son époque et il propose de leur donner une solution radicale. Et c'est précisément ce "radicalisme aristocratique" qui en fait un critique virulent du régime du IIe Reich... On le voit encore, la méprise du gauchisme nietzschéen est totale! Il voit en Nietzsche un rebelle: c'est exact mais oublie de lire Nietzsche lui-même se définit comme un "rebelle contre la révolution".

Le rebelle face à la peste brune

Losurdo conduit son enquête avec minutie et multiplie les arguments, les citations, les textes, les liens avec les autres penseurs européens de l'époque. La conclusion est sans appel: Nietzsche appartient bien à la réaction aristocratique. Reste à éclaircir la question controversée des rapports entre la pensée de Nietzsche et le nazisme.

La thèse la plus connue, notamment chez les "nietzschéens de gauche" consiste à tenir La Volonté de puissance pour une oeuvre à moitié apocryphe, résultat du complot ourdi par Elisabeth, la soeur de Nietzsche, qui aurait fait un montage de manuscrits savamment agencés en vue de produire un livre de référence pour le IIIe Reich. Affirmation dont Losurdo montre qu'elle conduit à des propositions très paradoxales - notamment celle de surévaluer l'important de ce personnage assez médiocre dont on fait un "Raspoutine en jupons".

Cette thèse ne tient pas, soutient Losurdo. D'une part la première édition de La Volonté de Puissance a été publiée alors que Hitler était encore un jeune homme! Donc Elisabeth aurait très largement anticipé le nazisme. En second lieu, la biographie qu'Elisabeth consacre à son frère ne cherche pas du tout à mettre en évidence sa judéophobie, bien au contraire. Bref, il faut rejeter "la légende noire d'Elisabeth comme falsificatrice au service du IIIe Reich" (p.771)

Mais selon Losurdo, il est tout aussi érroné de faire de La Volonté de puissance un texte "nazi". Losurdo cite, par exemple, un écrivain nazi qui en 1936 développe une dure critique contre le "philosémitisme" de cet ouvrage.

Il rest que cet ouvrage contesté est bien une interprétation de Nietzsche. Reste à déterminer si cette interprétation.est infidèle à l'auteur et dans quel sens elle tire sa compréhension. Losurdo montre que l'interprétation social-darwiniste n'est nullement infidèle à l'auteur. Bien au contraire. Ainsi Losurdo montre que si Nietzsche n'est pas un nazi (ce serait un anachronisme), il est cependant représentatif d'un courant réactionnaire radical dont on trouve des représentants dans toute l'Europe. L'élistisme culturel et la réaction aristocratique vont de pair. "Largement diffusé dans l'Europe de cette époque, cet élitisme trouve chez Nietzsche des 'formulations extrêmes': Maintenant on exige 'la complète subordination des masses à l'élite'. Ingénues apparaissent les positions de ces interprètes qui, en guise de démonstration, sinon de l'innocence politique du philosophe, du moins de la charge émancipatrice de sa pensée, renvoient à la polémique anti-étatique. En réalité, l'Etat, ici objet d'une dure condamnation, est synonyme d'égalitarisme et de massification; il a le grave tort de ne pas avoir 'résisté aux revendications des masses' et d'avoir emprunté une voie ruineuse et 'intrinséquement démocratique'. Précisément à cause de son radicalisme, Nietzsche ne peut pas se reconnaître ni dans l'Etat existant, ni dans la version dominante à son époque du socialdarwinisme qui, en annonçant l'inévitable victoire des meilleurs dans le cours de la 'lutte pour l'existence', aboutit à la consécration du statu quo." (p.787)

Mais au-delà de la réaction aristocratique, l'eugénisme et "l'hygiène raciale" projettent leur ombre sur la pensée de Nietzsche. Les "herméneutiques de l'innocence" sont donc intenables. En France le livre de Losurdo provoquerait certainement un scandale, nos intellectuels - surtout "de gauche" et "post-modernes" ayant toujours manifesté un goût assez prononcé pour le nietzchéisme, une propension qu'il faut mettre en parallèle avec l'extraordinaire gloire de Heidegger de ce côté-ci du Rhin.

Cette lecture politique de Nietzsche, "un philosophe totus politicus" est la seule qui permet de sauver l'ensemble de l'oeuvre! Si on veut faire de Nietzsche le critique de l'idéologie qui met en pièces les mythes germanistes et antisémites, il faut faire l'impasse sur les oeuvres de jeunesse. Et ainsi de suite.

La lecture du livre de Losurdo ne nous laisse pas indemnes. C'est tout un pan de la pensée européenne qui est mis brutalement en lumière, tout un réseau touffu de renvois de Lapouge à Nietzsche, de Taine à Weber, bref tout le chaudron dans lequel on a fait bouillir l'idéologie dont s'empareront les bandes armées des meurtriers fascistes et nazis. En mettant sou le feu de la critique les "hermeneutiques de l'innocence" de Nietzsche, Losurdo nous invite en même temps à rompre avec l'alibi de l'irresponsabilité des intellectuels. Un vaste sujet de méditations.

Denis Collin



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Commentaires

nietsche arriviste? par djhaidgh le Dimanche 08/05/2005 à 13:27

Citation :
"C'est parce qu'il est philosophe "rigoureux" et par "honnêteté intellectuelle" que Nietzsche ne peut pas suivre la voie de Treitschke et de Wagner dont l'un deviendra historien officiel et l'autre musicien officiel. Autrement dit, c'est la fidélité à une certaine attitude morale et intellectuelle qui explique le tournant de Nietzsche. C'est encore cette fidélité qui le conduira et vers "l'illuminisme anti-révolutionnaire" (c'est-à-dire essentiellement vers les penseurs comme Voltaire) et vers les moralistes français"

Dans quel mesure peut-on dire qu'il s'agit d'honnêteté intellectuelle dans ce cas. une lecture simpliste tendrait plutot à nous faire croire qu'il s'agit d'arrivisme. ce qui serait intéressant de voir, c'est si le passage du nationalisme allemand à une sorte d'"européisme" aboutit à de nouvelles valeurs politiques pour Nietzsche, ou s'il ne fait que déplacer les valeurs du nationalisme allemand vers l'européisme (ce qui serait en grande partie de l'arrivisme.) Mais peut-être que ce sera l'objet du prochain article ?


? par Galli Marc le Dimanche 24/07/2005 à 10:27

Si c'est pour lire des propos aussi caricaturaux, ça ne vaut pas la peine de traduire ce livre. Il y a déjà des livres en français sur la politique de Nietzsche, et sans vouloir rien atténuer de cette politique, ces livres (de Constantidinès, Wotling, etc.) semblent être d'un autre niveau, puisqu'is situent le problème sur le plan de la culture, et non de la hiérarchie raciale et de l'eugénisme qui en découle, d'après ce que vous dites de ce livre italien. En fait, pour chaque avis sur Nietzsche que vous citez, il me vient à l'esprit un texte qui va en sens contraire : Nietzsche anti-français ? mais c'est par rapport à la culture française qu'il commence très tôt à critiquer l'Allemagne. Supériorité européenne ? Mais Nietzsche engage le débat sur la culture en général, il n'y a donc pas de civilisation par essence supérieure. Antisémite ? Dans quel texte ? L'anéantissement des ratés ? Ce serait bien d'expliquer ce que Nietzsche entend par là, plutôt que d'extraire ce genre de phrases de son contexte (qui est la pensé de l'Eternel Retour, ce qui donne un sens particulier au mot anéantissement). Race pure résultat d'une purification ? Pareil, si vous ne donnez pas le sens des mots, vous faites dire  à Nietzsche ce qu'il ne dit pas (entre autres, il aurait été intéressant de noter que Nietzsche n'accorde aucun crédit à la notion de race, au sens raciste). Nietzsche réactionnaire ? comtempteur des masses ? C'est ignorer bien des passages, et méconnaître l'élitisme de Nietzsche.

Nietzsche penseur politique dont les thèses ne sont pas compatibles avec l'humanisme, la démocratie, etc. (c'est le moins qe l'on puisse dire), oui. Mais tentons au moins de proposer une interprétation qui rende compte des nombreuses nuances des textes, même si ces textes ne nous plaisent pas. Et n'oublions pas non plus que cette pensée politique est subordonnée à la vie spirituelle, qui reste la plus grande expression de la puissance : les forts, ce sont ceux qui vivent par l'esprit...

Bref, si ce livre est comme vous dites, nous ne sommes pas prêts d'avoir enfin des études sérieures sur la politique de Nietzsche.


Lire, tout simplement. par dcollin le Dimanche 24/07/2005 à 12:12

Dans le cadre de cette recension déjà trop longue, je n'ai pas pu donner toutes les références. Mais il suffit d'ouvrir le livre de Losurdo pour les avoir. Du reste, Losurdo ne nous apprend rien que nous n'ayons déjà lu. Les nietzschéens ont toujours une interprétation pour sauver Nietzsche qui n'en demandait pas tant. Et il est vrai que chez Nietzsche on trouve tout et le contraire de tout. L'intérêt du travail de Losurdo est d'essayer de comprendre un parcours politique, dans ses transformations successives.

Une précision cependant: la judéophobie de Nietzsche dans la première période de sa vie intellectuelle, celle de l'amitié avec Wagner est évidente ... sauf pour ceux qui ne veulent pas lire. Il est d'ailleurs curieux de voir comment la vague de dénonciation de l'antisémitisme - y compris imaginaire - a épargné Nietzsche, comme elle a épargné Heidegger ... pour ne rien dire de la nouvelle mode Carl Schmidt. Mais passons, ce sont là des questions qui intéresseront les sociologues des modes idéologiques. Losurdo montre clairement comment Nietzsche rompt avec l'antisémitisme wagnérien, comme il rompt avec le nationalisme allemand. Il fait justice également des accusations portées contre Elizabeth et la Volonté de puissance.  Nietzsche libéral réactionnaire, rebelle aristocratique: en quoi ces caractérisations sont elles impossibles à entendre?


Re: Lire, tout simplement. par Galli Marc le Dimanche 24/07/2005 à 13:22

Je me suis peut-être mal exprimé. Le titre de votre réponse me le laisse en tout cas penser.

Je suis bien d'accord avec vous qu'il faut lire Nietzsche. Et c'est bien parce que j'ai lu l'ensemble de l'oeuvre de Nietzsche, y compris les posthumes, que je pense, comme vous, que les interprétations qui ont été faites en France, sont, au minimum, inexactes. Cependant je signale de nouveau qu'il existe à présent des études manifestement plus sérieuses, et qui ne cherchent aucunement à sauver Nietzsche. Sur ce point, il me semble, et peut-être au contraire de ce qui se passe pour d'autres penseurs, qu'il y aura peut-être bientôt une plus grande rigueur philologique dans les études nietzschéennes en France.

En ce qui concerne la judéophobie de Nietzsche, je n'ai pas trouvé d'expressions caratérisées de haine envers les Juifs. Sarah Kofman avait écrit un livre sur ce sujet, et elle a un jugement nuancé sur ce sujet, même en ce qui concerne la jeunesse de Nietzsche (où de fait, il est incontestable que Nietzsche voit dans l'Allemagne une culture héritière de la Grèce). Pourriez-vous me fournir des références, parce que je n'ai pas sous la main les textes de jeunesse (je suis tout-à-fait disposé à admettre que Nietzsche ait été antisémite) ?

Bref, tout ce que j'avais en vue, c'était de "lire, tout simplement", c'est-à-dire de ne pas occulter certains aspects de la pensée de Nietzsche, mais, pour la même raison, de ne pas présenter un Nietzsche sans nuances, et certaines de vos affirmations me semblaient en sens un peu trop décontextualisées. D'ailleurs, comme vous le dites vous même, "chez Nietzsche on trouve tout et le contraire de tout." C'est bien pour cela que la qualification de réactionaire, ente autres, me paraît un peu brutale. Être réactionnaire, qu'est-ce que cela peut vouloir dire ? Rétablir des valeurs anciennes ? un état de chose ancien ? Si c'est cela, Nietzsche n'est pas réactionnaire, au contraire, il va de l'avant : il estime que le mouvement démocratique est inévitable, mais ce n'est pas parce qu'il est inévitable qu'il ne pourra plus y avoir d'élites, non des élites rétablissant des formes passées, mais des élites à partir des nouvelles sociétés en train de se développer.

L'élistisme culturel va de pair avec la réaction aristocratique, dites-vous ; je ne vois pas pourquoi. Mallarmé, si je me souviens bien, était un élististe culturel, mais pas politique. D'autre part, il n'est pas vrai que Nietzsche veuille subordonner complètement les masses à une élite : d'une part, en effet, l'élite n'existe que s'il y a une norme, donc elle dépend d'elle ; d'autre part, Nietzsche estime que les masses ont toujours le dessus, aux dépends de l'élite intellectuelle. Il n'y a pas de social darwinisme chez Nietzsche : ce n'est pas la "race supérieure" qui domine ou serait destinée à dominer. D'ailleurs, chez Nietzsche, il n'y a pas de race, mais des types qui ne dépendent substantiellement de caractères biologiques. Le fait que pour Nietzsche la masse est plus forte est d'ailleurs  peut-être une difficulté de sa pensée : il semble parfois reconnaître l'impossibilité d'une politique culturelle. L'auteur italien dit-il quelque chose sur l'impossibilité de concilier, pour Nietzsche, la politique et la culture ? Comme la culture est pour Nietzsche l'essentiel, il apparaît que la politique de cette culture est une contradiction dans les termes. Du coup, on se demande si Nietzsche a réussit à avoir une pensée politique cohérente. Pour ma part, je pense que ce n'est pas le cas.

Quand à libéral, il y a bien une critique de l'Etat chez Nietzsche, mais en le lisant, on peut s'apercevoir que cette critique concerne un type d'Etat, non tous. Lorsque Nietzsche étudie les conditions de la culture (cf. Aurore, Gnéalogie de la morale), il montre que l'Etat a un rôle important à jouer en tant que moyen.

Avec ces remarques, je ne pense pas avoir manifesté un désir irrépressible de sauver Nietzsche, ou une difficulté à "entendre". Je me demande seulement si cet auteur italien, d'après votre recension, est plus nuancé, plus exact, qu'il n'en a l'air.


Les intentions ne font pas tout par PrGroKrouk le Mercredi 17/08/2005 à 01:55

J'ai bien aimé le passage vers la fin sur l'impossibilité inhérente à la pensée de Nietzsche, d'atteindre une position, un accord, une solution en politique.

A quoi rime cette présentation ? C'est à la fois une sensation de l'époque qu'il connaît, et une extraction pour la substance de sa pensée que ces poses aristoréac de Nietzsche. Ainsi, les rapprochements et concomittances effectuées par l'auteur Italien... je ne vois pas bien comment on pourrait supporter la Sublimation, si on cherche à prendre un auteur par derrière à coup de psychanalyse. La psychanalyse a fait beaucoup de mal à la philosophie. Et même, comme dit Lacoue-Labarthe quelque part : "La déconstruction, en réalité, dissimule à grand-peine tout ce qu’elle laisse intact, c’est-à-dire l’essentiel ". Entre les obscurités volontaires de l'Inconscient et la concordance des faits et gestes, lumineuse, il y a bien une option où la philosophie se retrouve et une autre où elle se perd. Ce n'est pas parce que c'est mal, de philosopher pour de vrai, qu'il faut se rebattre sur des sous-produits normalisés. La Psychanalyse, par exemple, n'est-elle pas devenue complètement plate ? Je crois qu'on perd ainsi l'occasion d'ouvrir un débat sur des événements, vers 1930, qui paraissent hanter l'actualité politique : l'impossibilté de former une Europe actuellement. Les philosophes peuvent être en déaccord radical les uns avec les autres : Socrate lui aussi, a été désavoué par la Cité.

Comment se fait-il que l'on n'ait que des oeuvres de jeunesse tome I La Pléiade, et qu'on soit en attente de l'essentiel, le II et le III. Nietzsche reste en France, un éxutoire à la Révolte post-adolescente. Il est traité comme écrivain, un point c'est tout, malgré l'ambition de sa référence. Il connaît le sort d'Héraclite... il survit très bien d'ailleurs.


Où avez-vous lu ? par Mesuron le Mercredi 01/04/2009 à 12:25

Vous dites que "la judéophobie de Nietzsche est évidente dans la première période de sa vie intellectuelle." Evidente "sauf pour ceux qui ne veulent pas lire."
Pour ma part, ayant consacré un travail sur Nietzsche dans le cadre d'une Maîtrise en philosophie, j'ai étudié l'ensemble des oeuvres de ce penseur. J'ai donc lu, comme vous dites ; mais n'ai trouvé nulle trace de ce que vous appelez une "judéophobie de Nietzsche" ; et ce, dès ses premières oeuvres. Ai-je mal lu ? Quels livres, passages, aphorismes, fragments peuvent attester d'une judéophobie
?


par Galli Marc le Dimanche 24/07/2005 à 15:12

Je donne un autre exemple, pour illustrer votre principe très juste : "Lire, tout simplement".

Vous citez le début d'un aphorisme d'Aurore, puis vous commentez : "La pureté suppose la séparation des races considérées comme hétérogènes et incompatibles entre elles." La suite de cet aphorisme montre au contraire que c'est en surmontant les contradictions du mélanges que peut apparâitre une race pure : "La pureté est le résultat final d'innombrables adaptations, absorptions et éliminations, et le progrès vers la pureté se manifeste en ceci que la force présente dans une rac se limite de plus en plus à certaines fonctions choisies, tandis qu'auparavant elle devait se soucier de trop de choses souvent contradictoires." Autrement dit, la séparation des races aboutirait à la fin de l'espèce. Mais qu'est-ce que Nietzsche entend par race ? Dans cet aphorisme, il y a incontestatlement une dimension biologique ; mais il y a également les moeurs et coutumes, ainsi que la religion, l'art, etc. Autrement dit, Nietzsche parle de groupes ethniques. Comme chez Nietzsche, la contradiction est un facteur de devenir essentiel, on peut légitimement comprendre, grâce à une contextualisation, que Nietzsche pense que les peuples ont une identité, mais que cette identité finit par être appauvrissante si elle veut se conserver comme telle (pureté de la race au sens raciste cette fois) : "une telle limitation offrira toujours également l'aspect d'un appauvrissement." Ce que je conclus, c'est que la pureté de la race naît du mélange des peuples, que le dépassement des contradictions qui en résultent fait apparaître une culture neuve, unifiée, brillante, mais qui s'appauvrit de plus en plus pour cette raison.

Ces thèses de Nietzsche ne sont pas à sauver, je n'en doute pas (il parle bien de supériorité ethnique). Mais, simplement en le lisant, on entend mieux ce qu'il dit.


L'engagemnt politique de Nietzsche par faissal le Mercredi 28/12/2005 à 01:38

L'interprétation que fait Losurdo de la philosophie de Nietzsche implique cette philosophie dans des contradictions serieuses,et démontre aussi l'engagement politique de ce phiilosophe inégmatique et opportuniste.je pense que cette nouvelle lecture de Nietzsche une preuve de plus du  mono-centrisme de la pensée occidentale avec son pèché fatal: la pensée pure,l'esprit pure,la race pure,la liberté pure...etc.Cette purté a passé a l'action dans faits historiques et politiques , avec Napoleon,Hitler,Staline...le résultat s'était sal: des milions d'etres humain sacrifiés au puritanisme aristocratique.Je veux que hegel,Nietzsche,Marx et Fufuyama m'expliquent comment la fin de l'histoir est toujour entre les mains des intelectuels occidentaux ...L'occident pensent pour tous les civilisations et cultures...car les autres sont que des barbares....mais l'occident oblie une choses que la grande barbarie est occidendale:les  guerres gérmano fransaises..ainsi les 2conflits intercontinentales.Oui cher Collin les intellectuels sont résponsables de la construcion des structures ideoloques et des notions politiques et les valeurs collectives de notre histoire contemporaine.


Re: L'engagemnt politique de Nietzsche par coco le Mardi 14/02/2006 à 20:18

Faissal, j'imagine que tu n'as jamais mis le nez ds un livre de Nietzsche pour sortir de telles absurdités. Et si tu as bel et bien deja ouvert un de ces ouvrages, tu n'as pas du en comprendre le sens, tout comme cet auteur Italien, qui semble emplit de ressentiment, de volonté de puissance faible (ou bien est-ce l'auteur de l'article qui est comme cela?). L'homme du ressentiment, c'est un des grands combats de Nietzsche, j'ai ainsi du mal à comprendre comment Nietzsche pourrait s'en prendre à une race. Nietzsche s'en prend aux faibles, c'est à dire aux esprits réactifs, vengeur, castrateur, envieux... Il fait l'apologie du fort, c'est à dire l'homme artiste, créatif, affirmatif. Je pense que c'est ds ces concepts que se trouve la philosophie de Nietzsche, pas dans la politique, et vouloir assigner Nietzsche à une politique, à une idéologie, c'est etre un esprit faible, qui s'affirme en réaction, réaction à quoi? Un courant ou autre, je ne connais pas les motifs qui ont poussé cet auteur Italien à ecrire cet ouvrage. En me risquant à la manière du symptomatologue qu'était Nietzsche, je dirais que se cache certainement un besoin de polémique, de reconnaissance, une ame avide, envieuse... bref, un esprit faible. Je conseille à tout ceux qui ont mal compris Nietzsche mais qui souhaitent le comprendre l'ouvrage de Gilles Deleuze sur Nietzsche.<br />P.S: Merci Marc d'avoir déjà éclairci avant moi toutes les anneries proférées dans cet article, et certainement ds le livre de cet italien. (Il n'est pas utile d'essayer de sauver Nietzsche, il se sauve tres bien tout seul pour tous ses lecteurs qui font les efforts necessaires pour comprendre)<br />


Re: Re: L'engagemnt politique de Nietzsche par Hervé le Vendredi 15/09/2006 à 23:22

Le livre d'Eric Méchoulan, Le Crépuscule des intellectuels. De la tyrannie de la clarté au délire d'interprétation. propose une analyse très détaillée de certaines assimilations abusives, souvent ignorantes et mensongères, de la pensée de Nietzsche au fascime. Les arguments et les exemples sont abondants, ce qui pourrait être utile à ceux qui s'interrogent sur ces questions. Surtout à une époque où l'on n'a pas honte de publier des torchons comme Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens ?


Re: Re: Re: L'engagemnt politique de Nietzsche par Hervé le Vendredi 15/09/2006 à 23:28

Je me demande bien comment l'auteur du livre dont vous faites la recension peut faire justice des accusations portées contre la soeur de Nietzsche, vu que nous possédons des textes de Nietzsche gratés ou effacés par les personnes qui l'ont édités (autrement dit sa soeur et Gast en premier lieu), que nous avons des témoignages de proches de Nietzsche sur les méthode de sa soeur (Overbeck, et même Gast s'est posé des questions...).

La plus récente biographie d'Elisabeth Forster-Nietzsche n'en trace pas un portrait idyllique...


Re: Re: Re: Re: L'engagemnt politique de Nietzsche par dcollin le Mercredi 27/09/2006 à 23:28

Le livre de Losurdo revient en détail sur cette affaire et c'est bien dommage qu'il ne soit pas traduit en français, car Losurdo "innocente" Elizabeth. La "Volonté de puissance" n'est pas une trahison de Nietzsche, mais bien une bonne expression de sa pensée. L'utilisation qu'en ont faite ensuite les nazis est autre chose. Losurdo distingue soigneusement Nietzsche des nazis. Ce "rebelle aristocratique" eût sans aucun doute détesté ces soudards vulgaires qui formaient les troupes de Hitler sans parler de leur pathos raciste et des "brumes germaniques" de leurs discours.


Re: Re: Re: Re: Re: L'engagemnt politique de Nietzsche par Hervé le Mardi 03/10/2006 à 22:20

Bonjour Monsieur Collin, et merci de votre réponse.

Il est toujours dommage qu'une étude approfondie d'un auteur ne soit pas facilement disponible, et je crois qu'il existe de nombreuses études sur Nietzsche, en anglais et en allemand (je pense par exemple à Müller-Lauter), qui gagneraient a être traduites en français.

Pour revenir au cas de la soeur de Nietzsche, je profite de votre connaissance des thèses de Losurdo pour vous demander ce qu'il faut entendre par "innocente". En effet, il semble bien établi que Nietzsche a abandonné le projet d'un livre intitulé La Volonté de puissance. On peut d'ailleurs s'en convaincre en constatant que les fragments posthumes qui auraient pu servir à cette oeuvre ont été remaniés pour la rédaction de plusieurs autres livres (principalement l'Antéchrist). A partir de ce qui me semble être un fait, la falsification de la soeur consiste non pas à avoir inventé de toute pièce une oeuvre dont Nietzsche n'aurait jamais eu l'idée, mais à avoir publié sous ce titre un ensemble de fragments que Nietzsche ne souhaitait pas publier et suivant un plan qui est en outre choisi de manière arbitraire (il existe plusieurs plans, tous abandonnés par Nietzsche, et celui choisi n'est même pas le dernier). D'où il découle que la soeur de Nietzsche a, de manière consciente, manipulé la reception des oeuvres de son frère. A cela s'ajoute les éléments cités plus haut, à savoir qu'Elisabeth a tronqué certains aphorismes et qu'elle a également supprimé des passages ici et là. Et elle a utilisé ce matériel pour le mettre au service de ses propres idées, pour l'Allemagne, ensuite pour le nazisme, ce qui laisse planer des doutes sur l'authenticité de certains fragments.

Ceci ne signifie pas, bien sûr, que ces fragments n'ont pas de rapport avec la pensée de Nietzsche (il serait curieux de prétendre le contraire) ; mais cela signifie que l'étude scientifique de ces textes doit être faite en tenant compte d'abord des oeuvres publiées, et en examinant ce que Nietzsche a dit dans ses fragments, ce qu'il en a retenu, ce qu'il a supprimé et ce qu'il a réécrit. Mais on ne peut tenir ces fragments pour une expression directe, privilégiée et définitive de la pensée de Nietzsche. Il en va ici comme du reste des textes de Nietzsche : il y a, entre autres, des fragments du temps de la Naissance de la Tragédie, du Gai Savoir, etc. Ces fragments, comparés aux textes publiés, n'expriment pas la bonne pensée de Nietzsche, mais le travail d'élaboration accompli par Nietzsche. C'est toute la question de l'ensemble des fragments, qui sont souvent utilisés sans recul critique pour appuyer une interprétation quelconque.

Tout ceci pour dire que les fragments posthumes connus sous le nom de Volonté de puissance ne peuvent être une bonne expression de la pensée de Nietzsche, mais plutôt (une fois que l'on a rétabli l'ordre  chronologique et les  quelques passages manipulés ou mal édités) l'expression de l'évolution de sa pensée. C'est très différent, car cela signifie qu'il faut d'abord vérifier qu'une thèse d'un posthume peut être comparée à un texte publié contemporain : et alors seulement il est possible de dire si cette thèse est reprise par Nietzsche, ou si elle est finalement rejetée.

La falsification de la soeur de Nietzsche conduit donc à prendre tels quels des thèses dont on a pas même établi le statut dans le devenir de la pensée de Nietzsche. Il n'est alors pas difficile de mettre en valeur certains passages, par exemple en coupant des morceaux de textes, ou en ne respectant pas l'ordre chronologique, et de les présenter comme la pensée de Nietzsche.

Voilà, en ce qui me concerne, ce que j'entends, quand je parle des falsifications de la soeur de Nietzsche (à quoi il faudrait encore ajouter les fausses lettres), et ce qui me fait m'étonner que l'on puisse l'innocenter. Il est donc vraiment dommage que je ne puisse lire cet auteur.


Re: Re: Re: Re: Re: Re: L'engagemnt politique de Nietzsche par Hervé le Mercredi 11/10/2006 à 16:29

Je me permets d'ajouter en lien la Postface de M. D'Iorio au livre de M. Montinari. On y apprend que des commentateurs et des philosophes connus se sont lourdement trompés en utilisant ce livre, la Volonté de puissance. Par exemple, en utilisant des fragments qui n'étaient pas de Nietzsche...



par Achille Talon le Jeudi 30/11/2006 à 17:36

Décidément il est bien difficile de critique Nietzsche sans que ne déboule une nuée de frelons vengeurs vitupérant contre la paresse ou l'escroquerie intellectuelle (laquelle étant souvent le fait de son contradicteur).

Je me suis toujours méfié des penseurs sur lesquels le monde est un peu trop unanime, surtout à regarder l'état du monde...


Re: par Hervé le Mercredi 06/12/2006 à 15:18

Vous illustrez assez bien vos propres propos : vous arrivez là en vitupérant, et formulant des attaques ad hominem. Et qu'en est-il des interventions ci-dessus qui présentent des arguments (lecture d'un aphorisme complet - au lieu de le couper, examen de l'histoire du faux livre La Volonté de puissance) ? Ce n'est pas par vos effets rhétoriques que vous les effacerez. Si vous avez des arguments, dites-les. Le reste, ce sont des effets de manche.

Mais ce qui est encore plus étonnant dans votre propos est ceci :

"Je me suis toujours méfié des penseurs sur lesquels le monde est un peu trop unanime, surtout à regarder l'état du monde..."

Si tout le monde est unanime, comme vous le dites, comment peut-il y avoir ce genre de discussions ?

Faut-il donc qu'il n'y ait aucun débat pour améliorer le monde...? Au nom de l'état du monde, faut-il se taire, ne pas défendre ses idées ? Pour vous l'état du monde justifierait-il que des personnes qui n'ont pas votre permission ferment leur bouche, voire arrêtent de penser peut-être ?

Et quel état du monde au fait ? encore un effet de rhétorique ? un appel au bons sentiments ? plutôt irrationnel comme démarche.


Re: Re: par Hervé le Dimanche 10/12/2006 à 21:43

Edit de mon dernier message : j'ai vraisemblablement mal interprété la fin du message auquel je réponds. Je maintiens le reste.


par Garance Miriel le Samedi 03/01/2009 à 16:42

Je ne suis qu'une modeste adolescente inculte et je n'ai lu de Nietzsche que Zarathoustra, mais je me permet de m'interroger sur le bien fondé de la procédure de blanchiment d'Elisabeth.
Je vous cite : " La première édition de la Volonté de Puissance a été publiée lorsque Hitler était encore jeune homme ! Donc Elisabeth aurait largement anticipé le nazisme".
Le Nazisme, peut-être; mais l'antisémitisme, surment pas ! Il me semble qu'Elisabeth était mariée à un antisémite et qu'ils ont essayé de créer une communauté aryenne, je ne sais plus trop où. 
Je me permet d'en déduire que la question de l'âge d'Hitler ne résout rien et "n'inocente" pas Elisabeth, si tant est qu'il faille l'inocenter : après tout en trafiquant les textes de son frère, elle n'a fait que prêcher pour son église, ce que ferait n'importe qui ^^.


Re: par dcollin le Samedi 03/01/2009 à 17:12

Ce que dit Losurdo, c'est 1° que Elisabeth n'a pas trafiqué les textes et pendant très longtemps de bons auteurs se sont appuyés sur La volonté de puissance sans rien trouver à redire (je pense par exemple au Nietzsche de Gilles Deleuze) et que 2° les oeuvres non posthumes de Nietzsche ne disent rien de moins terrible. Losurdo montre bien que la pensée de Nietzsche passe par plusieurs phases dont la première est la plus antisémite et c'est précisément après sa rupture avec Wagner qu'il va prendre position contre l'anti-sémitisme sans jamais se défaire, bien au contraire, de son mépris des pauvres et des faibles et de sa haine féroce contre le socialisme. Même l'anti-étatisme nietzschéen qui a tant séduit l'extrême-gauche s'inscrit dans cette perspective: l'État entrave la liberté des forts au profit des faibles. Nietzsche est un "libéral" européen (et plus du tout nationaliste allemand) parce qu'il défend la liberté de la "race des seigneurs".

Cordialement
DC.


Re: par GaranceMiriel le Vendredi 06/02/2009 à 20:29

Je suis navrée, mais je ne comprends pas très bien.
Que Nietzsche méprise le socialiste et que sa doctrine soit aristocratique me semble en effet indubitable.
Mais une haine des pauvres ? 
Bon encore un fois je ferais mieux de finir le Gai Savoir avant de parler, mais je ne vois pas où il est question de haine.
Quand à la faiblesse, je concevais plutôt ça comme une faiblesse d'esprit, mais là à nouveau, c'est la néophyte qui parle.
Par contre pour ce qui est d'Elisabeth, je considère que rassembler bout à bout des fragments sans rapports les uns avec les autres, c'est trafiquer, peut-être pas les textes, mais au moins la philosophie. Quant au fait que Gilles Deleuze n'ait rien trouvé à redire à la volonté de puissance, à mon sens ça ne prouve rien : Nietzsche et Deleuze n'ont pas franchement eu l'occasion de discuter de leur conception respectable du monde et Deleuze n'était sans doute pas le mieux placé pour déreminer si Der Wille était ou non l'oeuvre d'une faussaire ( ou du moins d'une soeur aimante et maladroite ).

Humblement,
G. M.


Re: par dcollin le Vendredi 06/02/2009 à 20:38

Vous m'avez mal lu. Je ne parle pas de haine mais de mépris. C'est assez différent! Spinoza définit ainsi le mépris: "l'imagination d'une chose qui touche si peu l'esprit qu'il est poussé par la présence de cette chose à imaginer plutôt ce qui n'est pas en elle que ce qui y est" (Ethique, III, Définitions des sentiments, V)

Quant à Deleuze, il ne joue qu'un rôle secondaire dans mon argumentation. Je renvoie surtout à Losurdo dont le livre monumental n'est toujours pas traduit en français.

Cordialement
Denis COLLIN


Re: par GaranceMiriel le Vendredi 06/02/2009 à 20:32

Je m'appuierai pour ma réfutation de " l'argument Deleuze" sur le message de Hervé du mercredi 11/10/2006

Plus humble encore,
G.M.


penser pour panser ces plaies par aaaa le Dimanche 15/03/2009 à 15:32

Je pense que le débat va bien au-delà de Nietzsche et de sa volonté de puissance... Vouloir juger une oeuvre en se référant à l'échelle de valeurs de notre époque est un contresens absolu. Une étude complète de Nietzsche ne doit pas aller sans une analyse appronfondie de son époque. 

Prenons un exemple habituel mais néanmoins révélateur en citant ici, un homme qui représente, pour la marjorité de nos élites intellectuelles bien pensantes, une référence, Monsieur Jules Ferry, qui alors premier minsitre dit à l'assemblée en 1885 "Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai! Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures." Et durant ce discours, élément des plus troublants, figurez vous qu'on observa des remous sur les bancs... de l'extreme gauche... Que dois-je donc en conclure ??? Jules Ferry était un horrible raciste qui nous rendrait presque Le Pen sympathique ??? L'extreme gauche, pour toujours, a été et sera toujours un mouvement humaniste éclairé ???

Faisons preuve d'un peu de discernement et de modestie et arrêtons d'intenter des procès injustes tels que celui intenté à Nietzsche... de toute façon il y a "prescription" depuis le temps... L'Histoire est sans cesse réécrite au regard de l'échelle de valeurs dominantes du moment mais la pensée de Netzsche reste et n'en déplaise à certains ces ouvrages superficiels n'y changeront rien et prendront place comme beaucoup d'autres dans la poubelle de notre chère Histoire...

"D'ici la vue est libre, l'esprit s'élève". Mais à l'inverse, il y a une sorte d'hommes qui se tiennent aussi sur la hauteur, dont la vue est également dégagée - mais qui regardent en bas... (par delà bien et mal aph.286). 
Voilà le point crucial, qui explique pourquoi, je pense, la lecture de Nietzsche suscite tant de réactions contradictoires. Oubliez votre carcan moral utilitariste un instant et regardez dans la bonne direction !

Le gagnant dans tout ça c'est Nietzsche lui même qui sort grandi de cette polémique qui amène les curieux à se plonger dans son oeuvre, à se l'appropier à leur façon et voire clairement que les passages les plus controversés de la volonté de puissance ne peuvent résumer et refléter sa philosophie (le contexte de la publication laisse planer un certain doute sur l'authenticité de l'oeuvre). Le tri est facilemet réalisé pour peu qu'on connaisse un peu "l'homme"...

Permettez moi ce petit pied de nez mais finalement, la "morale" de cette histoire sort de la bouche de Nietzsche lui même. Tout penseur profond craint plus d'être compris que d'être mal compris. Dans le second cas sa vantité souffre peut-ête ; mais dans le second c'est son coeur, sa sympathie, qui redisent sans cesse : "Hélàs, pourquoi voulez vous vivre aussi durement que je vis moi-même". (par delà bien et mal aph.290). 

Tu peux t'en aller en paix ô toi philosophe au marteau ce n'est pas demain que les hommes te comprendront...d'autres pensent pour eux... c'est moins fatiguant. Ils sont confortablement installés avec le reste du troupeau dans leur pré à brouter et ne veulent pas croire que l'herbe est plus verte dans celui d'à coté...  

Prends garde Schopenhauer ça sera bientot ton tour... Les autres continents ont des singes ; l'Europe a des Français. Ceci compense cela.


Re: penser pour panser ces plaies par Fra Pacifico le Samedi 20/06/2009 à 05:59

Bonjour,
A défaut de la somme de Losurdo, on trouve en français une sorte d'ébauche : Nietzsche philosophe réactionnaire : Pour une biographie politique (Broché). Cet ouvrage que j'avais traduit aussi (!) avait été refusé par divers éditeurs auxquels il avait été présenté lors du centenaire de la mort de Nietzsche. ON le trouve actuellement chez un petit éditeur. Voir cette page.


nietzschéisme de gauche par Maurice Freon le Mardi 25/08/2009 à 20:37

bonjour Monsieur,
excusez-moi de vous poser une question sur un 'marronier' mais j'aurais voulu savoir ce que vous pensez de l'engouement pour les retransmissions radiophoniques de Michel Onfray sur Nietzsche.
Il y défend une vision d'un Nietzsche de gauche, dont la pensée apporte (je ne dis pas apporterait) des 'outils' ? et des recette de 'bonne vie' pour des gens de gauche.
sur d'autres blogs j'ai essayé de contrebalancer cette vision des choses, j'ai été très mal reçu, étonné par cette violence pro-Onfray.
J'avoue que ce phénomène représente pour moi une énigme, à quoi cela repond-il, que recherchent ces auditeurs ?
pardon de vous ennuyer avec ces questions que vous jugerez sans doute pas très intéressantes, pourtant il me semble qu'elle explique, d'une certaine manière, les déboires et la crise d'identité de la gauche actuelle.
très cordialement
Maurice Freton


Re: nietzschéisme de gauche par dcollin le Mardi 25/08/2009 à 21:01

Le "Nietzsche de gauche" est évidemment une très mauvaise blague. Le livre fouillé de Losurdo fait justice de cette "thèse" si bien portée dans la philosophie "post-68". Notez bien que ne pas être de gauche, être de droite, être conservateur, etc., ce n'est pas une tare rédhibitoire. Les  vrais conservateurs (je ne parle pas de la droite moderne et branchée de notre époque) sont souvent bien plus lucides que les "penseurs de gauche" obsédés de progrès et toujours prêt à agiter un nouveau miroir aux alouettes... Par ailleurs, il y a un vrai problème avec Nietzsche: on y trouve tout et le contraire de tout ou presque. Il n'est guère de thèse philosophique pour laquelle et contre laquelle on ne puisse trouver de bons arguments chez Nietzsche.

En ce qui concerne Onfray, j'ai publié sur ce site la conférence d'Aymeric Monville sur l'athéisme réactionnaire. Monville est, par ailleurs, l'auteur d'un livre sur la "Misère du nietzschéisme de gauche". Je serai moins systématique que lui sur tous les "nietzschéens de gauche". Il reste qu'Onfray est peut-être ce qu'il y a de pire. J'ai depuis belle lurette, renoncé à suivre ses conférences sur France-Culture tant l'ignorance de l'histoire de la philosophie s'y étale avec impudence. Pas seulement, l'histoire de la philosophie, mais l'histoire tout court, l'incapacité à penser "en contexte", à adopter une attitude "compréhensive" (au sens de Dilthey).  Il ne comprend rien à Hegel, et pas grand-chose à Spinoza. Qu'il soit le représentant médiatique de la philosophie française et que son abondante production encombre les rayons des libraires, c'est tout bonnement affligeant.


pourquoi ce silence par MF le Mercredi 26/08/2009 à 09:16

merci pour votre réponse,
pourquoi cette absence de réaction, ce silence face à cette imposture philosophique, contre les marchands de sagesse à 2 balles ?
Onfray passe son temps à rentrer dans le lard des professeurs de philosophie, ils n'ont jamais répondu à ces attaques, faut-il y voir un renoncement (il est trop fort ?) ou bien une acceptation implicite ?
Onfray c'est une chose, mais il y a son public, nombreux, prêts à suivre le premier bonimenteur venu, beau parleur, celui qui va leur montrer la voie à suivre, les effets politiques sont délétères : renoncement à toute forme de projet et rejet des règles démocratiques pour se constituer des petitis jardins d'Epicure égoistes à l'abri des malheurs du monde, refus de toute forme de solidarité. Ne serait-il pas du rôle de philosophes de démonter ces sectes philosophiques, d'éclairer ces gens qui semblent perdus dans leur tête ?
en résumé, la non réponse des philosophes au phénomène Onfray me semble être plus grave et plus irresponsable que le phénomène Onfray lui-même.


Re: pourquoi ce silence par dcollin le Mercredi 26/08/2009 à 09:43

Vous parlez de la "non réponse des philosophes" aux impostures "onfrayennes". La généralité me gêne. Les "philosophes" ne forment pas une catégorie sociale bien identifiée dont on puisse définir globalement les réactions. D'abord, il y a un partage, un clivage de classe pourrait-on dire, entre les philosophes qui appartiennent à l'intelligentsia dirigeante et les soutiers.  Les premiers ont accès aux médias et sont sollicités régulièrement sur tous les sujets et ce n'est pas une question d'opinion politique et ça ne se limite pas à BHL: Il y a des marxistes médiatiques, des révoltés estampillés - par exemple et dans l'ordre alphabétique, Badiou, Bensaïd, Negri, Zizek. Et à côté de ces "capitaines d'industrie" de la philosophie, il y a la cohorte des ouvriers de la philosophie qui tentent de faire leur métier et de transmettre un savoir. Ce genre d'ouvriers-là n'est guère plus écouté et n'a guère plus accès à la parole publique que les autres. Avez-vous entendu parler du travail d'Aymeric Monville? J'en parle d'autant plus tranquillement que je ne connais que ses écrits, que nous ne nous sommes jamais parlé, jamais écrit.  Croyez que France-Culture va l'inviter pour dire tout le mal qu'il pense du conférencier estival de la station? Croyez-vous que les éditeurs de CD et de livres d'Onfray vont aider à tuer la poule aux oeufs d'or?

Je sais bien qu'Onfray dit pis que pendre des professeurs. Ce sont des "fonctionnaires" dit-il et un fonctionnaire ne peut pas être un vrai philosophe - c'est la base de sa critique d'une rare bêtise contre Hegel. Ce monsieur Onfray qui se prétend "de gauche" (et même de la gauche la plus radicale: il oscille entre Besancenot et Mélenchon, aux dernières nouvelles) n'est qu'un snob qui participe directement aux attaques du gouvernement contre les fonctionnaires et les professeurs. Mais qu'y faire? Onfray, c'est le BHL gauchiste de l'heure: il en fallait un et la mécanique médiatique joue pour lui, comme elle joue systématiquement pour BHL - ainsi à propos de BHL, le même magazine hébdomadaire dont un journaliste a écrit un livre pour démonter le système BHL ne peut s'empêcher de consacrer quatre pleines pages à chacun des petites crottes que pond cet "écrivain" qui écrit plus à la photocopieuse qu'avec son stylo ou son clavier et dont les dont d'affabulations ont été maintes fois démontrés.


démission par MF le Mercredi 26/08/2009 à 17:24

je suis d'accord, ma formulation était malheureuse, je ne voulais pas généraliser.
Je voulais plutôt parler d'une réponse 'philosophique' qui clouerait le bec et dénoncerait l'imposture.
Car notre Onfray est peut-être un crétin mais il est malgré tout assez fortiche, il répète ses prèches comme un perroquet mais il a de la suite dans les idées. Du coup, lui remettre les idées en place ne me semble pas à la portée du premier venu (il s'en sort en général très bien face aux journalistes, aux curés ou aux écrivains).
Cependant, compte tenu des éléments que vous évoquez (poule au oeufs d'or, demande de consommateurs en produits culturels, magouilles médiatico-éditoriales etc...), je ne vois effectivement personne capable aujourd'hui de lui clouer le bec.
Ce qui en soit est sans doute notre plus gros problème, car, j'éxagère peut-être les choses, mais je reste persuadé qu'il existe un lien réel entre cette triste question et la crise politique à gauche.
très cordialement.


Le point de vue de Nietzsche sur Onfray... par BERTRAND le Vendredi 08/10/2010 à 06:03

Un an plus tard... Onfray a définitivement succombé à une attaque de Zorroïté fulgurante en tentant de sauver l'humanité des effets délétères du Grand-Méchant-Freud. Paix à son âme... Des rapports de sa "pensée" avec Nietzsche, un article court et précis à mettre au dossier:
http://www.lepost.fr/article/2010/08/04/2174683_si-onfray-avait-lu-nietzsche.html
et un autre, un peu plus long, rappelant que le prof a offert "totem et tabou" à... Nicolas Sarkozy !
http://www.lepost.fr/article/2010/08/11/2180527_onfray-offre-totem-et-tabou-de-s-freud-a-nicolas-sarkozy.html


par mathoud le Mercredi 23/10/2013 à 11:12

Tout simplement un ramassis de bétises.
Je vous recommande la relecture -ou bien la lecture tout court- de l'oeuvre de Nietzsche.
Antisémite et anti français??? Il suffit de lire Ecce homo pour se rendre compte que non. Votre article est navrant, comment peut-on écrire autant, tant de mots et tant de phrases, sans aucune idées ou faits exacts.
J'espère au fond que vous ne vous faites que le perroquet d'inepsies entendues ailleurs, car si ces propos viennent d'une réflexion personnelle, vous ne disposez alors d'aucune faculté d'entendement.

Tout simplement choquant.