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Bref retour sur Michel Onfray

Par Denis Collin • Actualités • Mercredi 26/05/2010 • 0 commentaires  • Lu 4841 fois • Version imprimable

Je retrouve dans mes papiers (c'est-à-dire dans des vieux fichiers) ces notes prises en 1992 à propos du livre de Michel Onfray, L'art de jouir. Comme je n'ai rien à changer et le problème Freud était déjà pointé, je me contente de les recopier sans adjonction. En vingt ans, il aurait pu travailler un peu plus sérieusement sur la philosophie antique ou penser sérieusement ses désaccords théoriques plutôt que de colporter des potins genre presse "people". La question de la destructivité du plaisir est évidemment essentielle (voir mon Questions de , Armand Colin, 2003).

Avec “ l’art de jouir ”, Michel Onfray poursuit sa réhabilitation du corps et de la jouissance comme objet philosophique. Les grandes intuitions philosophiques naissent d’une émotion physique originelle. Descartes dans son “ poêle ”, Rousseau sur le chemin de Vincennes ou encore Nietzsche. Tout part du corps. La philosophie est effet corporel. Et pourtant les philosophes dans leur immense majorité sont des contempteurs du corps. Dans ce camp, Onfray range aussi Epicure qui ne conçoit le plaisir que comme absence de douleur, ce qui me semble un peu rapide (voir Jean Salem). Onfray affirme la toute puissance du principe de plaisir. Or cette toute puissance est impraticable. Elle conduit, comme l’a montré Freud, à la destruction de la civilisation. Et inversement, le développement de la culture et la civilisation accroit chez les individus la douleur et l’angoisse. Onfray, faute de comprendre ce conflit fondamental de la civilisation humaine, développe une conception unilatérale du plaisir dont il mesure lui-même à quel gouffre elle conduit quand il démontre en quoi Sade constitue le paradigme, le modèle absolu de cette philosophie du corps. L’apologie des cyniques n’est pas convaincante non plus. Diogène n’est pas un hédoniste mais à sa manière un ascète, et des plus durs, qui enseigne le mépris du plaisir, de tout luxe et ne conquiert son indépendance qu’au prix d’un effort herculéen (Héraclès est, avec Ulysse, le héros cynique). La défense de La Mettrie et de Nietzsche est sympathique, tout comme la découverte de la filiation des Cyrénaïques aux  “ enragés de Mai 68 ” (encore que tout cela ne soit pas nouveau : Onfray cite honnêtement ses prédécesseurs, Raoul Vaneigem ou Jacques Lacarrière). Mais l’intention sympathique ne suffit pas à faire une philosophie convaincante.[1]

 



[1] Pas de changement depuis. Sauf que Onfray est devenu très médiatique et donc de plus en plus creux (06/98)

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