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Police de la parole, police de la pensée

Sur la liberté (II)

Par Denis Collin • Actualités • Samedi 19/05/2007 • 3 commentaires  • Lu 7141 fois • Version imprimable

Dans le « novlangue » de 1984, « l’expression des pensées non orthodoxes était presque impossible ». « Une personne dont l’éducation aurait été faite en novlangue seulement ne saurait pas d’avantage que égal avait un moment eu le sens secondaire de politiquement égal ou que libre avait un moment signifié libre politiquement que, par exemple, une personne qui n’aurait jamais entendu parler d’échecs ne connaîtrait le sens spécial attaché à reine et à tour. »[1]

Le « politiquement correct » a d’abord été imposé en partant de la gauche et des États-Unis. Les « minorités » opprimées ou victimes d’une injustice massive réclament la considération et les mots sont perçus comme autant de manière d’ignorer cette injustice ou de mépriser ce handicap. Rien de plus compréhensible : la violence sociale s’exprime aussi dans la langue. Être un Africain Américain, c’est évidemment autre chose qu’être un nègre et il vaut sûrement mieux être gay que pédé. À travers la bataille de la langue, c’est sûrement de la reconnaissance qu’il s’agit.

Reconnaissance : voilà un thème devenu central dans les revendications politiques et sociales et dans la philosophie . Axel Honneth, philosophe allemand qui a mis ce concept au centre de sa réflexion : partant de Hegel et de sa « dialectique du maître et de l’esclave », Axel Honneth fait du conflit social un conflit qui a pour enjeu la reconnaissance : en affrontant celui qui veut me dominer, je veux qu’il reconnaisse ma valeur et ma dignité. Pour Honneth, continuateur de l’école de Francfort, la reconnaissance, cependant, ne peut être purement verbale ; elle est liée et donne sa justification au radicalisme social. Dans cette approche, il y a quelque chose de profondément juste : même dans les revendications sociales les plus élémentaires, il y a toujours quelque chose qui a à voir avec la reconnaissance. Quand les ouvriers se mettent en grève pour des augmentations de salaire, il est bien rare que les résultats matériels de la grève soient à la hauteur des coûts. Sur un plan strictement utilitariste, la grève est rarement un bon calcul. Et encore, nous parlons d’un pays et d’une époque où la grève est généralement pacifique et où le droit de grève est protégé, car perdre sa vie pour quelques centimes d’augmentation, c’est le plus mauvais des calculs. C’est donc que, dans la grève, il y a un autre ressort, moral, cette revendication de la reconnaissance : « nous sommes des hommes et non des chiens », dit une vieille chanson révolutionnaire.

On comprend donc parfaitement pourquoi la reconnaissance est au cœur des revendications de ceux qui, à tort ou à raison, se considèrent comme des groupes victimes de la domination et de l’oppression. Où les choses se gâtent c’est quand la reconnaissance devient une abstraction, érigée en absolu indépendamment des conditions sociales et politiques du moment et tend à se substituer à la justice. Sans doute est-il absurde d’opposer justice sociale et lutte pour la reconnaissance ainsi que le montre de manière assez pertinente Nancy Fraser[2]. Il reste que c’est bien ce qui se passe en fait. D’une part la reconnaissance se substitue à la revendication sociale et, d’autre part, les groupes opprimés ou se pensant comme tels sont engagés dans la compétition pour la reconnaissance.

Dans la lutte sociale, les dominants savent, de longue expérience, que payer de mots les dominés en lutte, c’est ce qui coûte le moins cher. La reconnaissance est ce qu’on octroie le plus aisément. Les Noirs américains continuent de battre tous les records de pauvreté, de chômage, de manque d’instruction et peuplent massivement les prisons … mais ils ont la satisfaction de ne plus être méprisés … dans le langage officiel du moins. Les ouvriers sont rebaptisés « collaborateurs » : ça ne coûte pas un centime d’augmentation. Les « collaborateurs » de Wal-Mart – pour ne prendre que cet exemple – sont devenus emblématiques de la nouvelle surexploitation ouvrière (certains auteurs parlent de la « wal-martisation » des entreprises) et n’ont qu’à se préparer à chercher du travail ailleurs si, d’aventure, ils avaient envie de collaborer avec leurs collègues de travail en vue de créer des syndicats…

Exemples caricaturaux ? Peut-être. Mais il n’est pas difficile de montrer que toute la « political correctness » fonctionne sur le même modèle. Pendant qu’on feint de reconnaître la valeur de tel groupe, on le dévalorise pratiquement. Les politiques de « discrimination positive », ou « affirmative action » selon l’expression américaine, ne reconnaissent l’injustice faite à un groupe pour l’y mieux enfermer. En France, la ZEP reconnaît les difficultés d’origine « socioculturelle » des enfants des quartiers pauvres … pour mieux leur donner un enseignement pour pauvres, un enseignement qui parfois n’a plus grand-chose à voir avec celui dont peuvent encore bénéficier les enfants des bourgeois et petits-bourgeois des quartiers aisés. Un enfant fréquentant un de ces collèges de ZEP avec trouvé la bonne explication : ZEP veut dire « zone d’éducation péjorative ». La vérité sort de la bouche des enfants… Ainsi la reconnaissance octroyée par les dominants se révèle-t-elle une nouvelle forme, plus hypocrite et plus répugnante du mépris social.

Mais les bénéfices secondaires que les classes dominantes tirent de la reconnaissance octroyée ne s’arrêtent pas là. Non seulement la paix sociale est achetée à très bon marché, mais encore on va utiliser la reconnaissance pour légitimer une mise en coupe réglée de la liberté d’expression. Incapables d’obtenir la fin des discriminations raciales à l’embauche – car il faudrait, dans ce dessein, empiéter sur la liberté des capitalistes d’embaucher qui leur convient – les antiracistes moralisants se concentrent sur les discours racistes qu’ils veulent interdire. Les injures à caractère raciste sont punissables par la loi. Et de fil en aiguille, le vocabulaire machiste ou les insultes à connotation homophobe sont dans le collimateur. Le chauffeur irascible qui a coutume d’envoyer les autres automobilistes à Sodome et Gomorrhe ne risquera plus seulement des amendes pour infraction au code de la route mais pourrait passer en correctionnelle pour injures homophobes. Mais il n’y a aucune raison de s’arrêter aux injures. Même un discours formellement très poli peut être assimilé à du mépris à l’endroit d’un groupe. Ainsi un député a-t-il été condamné à une amende assez lourde pour propos homophobes, au motif qu’il avait considéré que l’homosexualité n’était pas un comportement moral normal.

Les gens de gauche et d’extrême gauche, qui ont renoncé de longtemps à toute tentative sérieuse de transformation sociale, se sont engouffrés dans la brèche : faire condamner par la justice « bourgeoise » les mots et les propos qui expriment l’idéologie conservatrice et même réactionnaire des classes dominantes, c’était là une compensation symbolique inespérée pour des décennies de défaite et une décomposition lente mais certaine des organisations politiques qui avaient traditionnellement pour fonction d’exprimer la révolte sociale.

Il ne suffit cependant pas de faire régner la police du langage de la vie ordinaire ou de la discussion publique. L’histoire doit s’accorder au temps présent. Dans 1984, le personnage principe est employé à réécriture des documents historiques. Ce qui est instrument de domination est aujourd’hui légitimé comme outil de résistance des dominés. Les opprimés ont besoin de faire reconnaître leur histoire d’opprimés. C’est indiscutable. Non moins indiscutable le fait que l’histoire enseignée officiellement n’a souvent été que l’histoire des dominants pour les dominants. On va lui substituer l’histoire des dominés. Mais, à une histoire officielle – ou prétendue telle – succède une autre histoire officielle. Une histoire qui s’autorise les mêmes trucages, et finalement n’est qu’un autre instrument de domination. Car il ne s’agit pas d’une entreprise critique mais de la revendication du retour à l’histoire officielle sanctionnée par la puissance publique. Dès 1989, la loi d’orientation adoptée sur proposition de Lionel Jospin exigeait que les programmes d’histoire fassent une place convenable à la critique de la colonisation. En 1991, la loi Gayssot mettait hors la loi toute contestation de la réalité communément admise de l’entreprise de génocide des Juifs et d’autres groupes humains (Tziganes, homosexuels…) en Europe. Dans les deux cas, la bonne intention ne fait aucun doute. Mais la bonne intention conduit à mettre en pièces la liberté et la démocratie qu’on prétend défendre. Car la liberté de parole et la liberté de critique sont les conditions élémentaires de la liberté tout court. S’il y a une vérité officielle indiscutable sous peine de poursuite pénale en ce qui concerne l’extermination des Juifs d’Europe pourquoi n’y aurait-il pas en général une vérité historique ? De nombreux historiens et défenseurs des droits de l’homme, militants antifascistes, antiracistes, anticolonialistes insoupçonnables, l’instar de Pierre Vidal-Naquet ou Madeleine Rebérioux dénoncèrent d’emblée la loi Gayssot. Pour Madeleine Rebérioux, « Le texte de la loi Gayssot est hautement critiquable pour trois raisons :

- il confie à la loi ce qui est de l'ordre du normatif et au juge chargé de son application la charge de son application la charge de dire la vérité en histoire alors que la vérité historique récuse toute autorité officielle. L'URSS a payé assez cher son comportement en ce domaine pour que la République française ne marche pas sur ses traces.

- Il entraîne quasi inéluctablement son extension un jour à d'autres domaines qu'au génocide des juifs : autres génocides et autres atteintes à ce qui sera baptisé « vérité historique. »

- Il permet aux négationnistes de se présenter comme des martyrs, ou tout au moins comme des persécutés. Déjà, Garaudy publie une nouvelle édition de son livre en “samizdat” ! »

Pierre Vidal-Naquet précise : « J'ai toujours été absolument contre cette loi, avec d'ailleurs la grande majorité des historiens. Elle risque de nous ramener aux vérités d'État et de transformer des zéros intellectuels en martyrs. L'expérience soviétique a montré où menaient les vérités d'État. La loi de 1972 contre le racisme suffit amplement. »

On ne peut soupçonner Pierre Vidal-Naquet d’être trop indulgent à l’égard des révisionnistes et des négationnistes. Sa position est de simple bon sens. Dès lors que la vérité a besoin des pouvoirs de la police et de la justice pour se faire entendre, il ne s’agit plus de vérité mais de quelque chose qui en est aux antipodes, les « vérités d’États » comme le dit Vidal-Naquet. Précisons encore pour éviter toute confusion. Le révisionnisme et le négationnisme sont, au mieux, les produits de cerveaux dérangés. Mais en tant que tels, ils ne sont pas des incitations à la haine raciale. Il y a une différence majeure en dire (I) « Il faut tuer tous les Juifs » ou « les Juifs sont des êtres inférieurs » et (II) Les camps d’extermination n’ont jamais existé. » L’affirmation (I) est une incitation directe à l’action, alors que (II) n’est que l’énoncé d’un fou ou d’un salaud. Il y a souvent un lien entre les énoncés de type (I) et les énoncés de type (II). Ceux qui disent (II) tout haut, en réalité pensent (I). Mais jusqu’à la loi Gayssot, on faisait clairement la distinction entre les premiers et les seconds et seuls les premiers étaient passibles de la loi (au même titre que l’appel au meurtre).

Ce bon sens élémentaire des historiens n’a malheureusement pas été entendu de la gauche dans son ensemble qui prétendait faire montre de son « antifascisme » intransigeant, un « antifascisme » d’autant plus bruyant qu’il n’y avait aucune menace fasciste sérieuse, sauf dans l’esprit des groupes gauchistes pour qui cet antifascisme de pacotille tient lieu de ligne politique stratégique.

Une fois la mécanique mise en marche, tout naturellement la haine de la pensée et la haine de la liberté vont pouvoir se donner libre cours. La mémoire de l’esclavage devient un enjeu politique : à juste titre les Noirs peuvent montrer que leurs ancêtres ont été les victimes d’un colonialisme cruel, niant leur dignité humaine en les transformant en bêtes de somme. Il faudra donc réécrire l’histoire. Les sociétés occidentales, même sous des dehors libéraux ont toujours été occupées à perpétrer le génocide des peuples colonisés et il n’y a pas de différence sérieuse à faire entre le nazisme et l’esclavage. Une loi, la loi Taubira, adoptée en 2001, commencera à jeter les fondements juridiques d’une histoire officielle de l’esclavage. Dans son ouvrage Les traites négrières : Essai d'histoire globale, l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau soutient que la traite n’a jamais été un génocide, car il n'y a jamais eu de volonté autre que mercantile de la part des négriers et certainement pas celle d'exterminer leur « marchandise ». Son livre, publié en 2005, va être l’objet de nombreuses polémiques et sera même poursuivi en justice pour révisionnisme et négation de « crime contre l’humanité ». Que l’affaire se soit terminée en quenouille ne change rien à sa signification profonde. Là où un débat d’historiens aurait pu s’ouvrir, on demande l’intervention de la justice pour clouer le bec de l’impertinent. Dans le cas d’espèce, la chose est d’autant plus intéressante que Pétré-Grenouilleau soulevait un problème historique bien connu : la traite négrière n’est pas l’invention des Occidentaux : ce sont les Arabes qui la mettent en place bien avant que les Occidentaux n’aient l’idée d’utiliser des esclaves africains pour les faire travailler dans leurs colonies américaines. Et quand les Occidentaux prennent le relais des Arabes, ils ne le peuvent que par la complicité active d’un certain nombre de royaumes africains. Au moment où une opération douteuse se montait sous l’égide des « indigènes de la République », visant à donner à tous les immigrés en France le statut de « fils de victimes du colonialisme », Pétré-Grenouilleau mettait les pieds dans le plat et exposait les impostures sur lesquelles reposait cette coalition de gauchistes impénitents, de communistes faillis et de soi-disant antiracistes ralliés à la défense de la charia.

Quand en 2005, la majorité de droite fit voter en catimini une loi imposant que l’enseignement de l’histoire expose le rôle positif de la colonisation, la gauche mit six mois pour s’apercevoir du problème, mais finit tout de même par s’insurger contre cette atteinte aux droits de la vérité historique. Mais elle était bien mal placée pour faire la leçon puisque les lois de 1989, 1991 et 2001 avaient déjà sérieusement écorné le principe de la liberté de recherche en histoire.

Bien que la chose ne soit pas encore l’objet d’un article de loi, il y a un domaine où aujourd’hui la criminalisation de la pensée non conforme est en voie de criminalisation : c’est l’analyse de la politique israélienne. Il y a encore vingt ans, on distinguait assez clairement antisionisme et antisémitisme. D’importants groupes, souvent composés de militants d’origine juive (issus du « Bund » par exemple) étaient antisionistes et nullement antisémites, car ils s’opposaient à ce mouvement politique resté très minoritaire qu’était le mouvement sioniste fondé par Thedor Herzl. Il existait même en Israël un parti antisioniste, le Matzpen, qui se survit aujourd’hui dans certains courants radicaux opposés à la politique des partis dirigeants de ce pays, tant conservateurs que travaillistes. Être antisioniste, c’est simplement considérer que la création de l’État d’Israël était une opération de diversion visant à diviser la classe ouvrière des pays d’Europe (c’était la position du Bund). Les antisionistes considèrent encore qu’il s’agit d’un fait colonial reposant sur un terrible mensonge, la terre de Palestine aurait été « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». L’antisionisme s’apparente donc à tous courants radicaux révolutionnaires qui tiennent le nationalisme pour un attrape-nigaud, destiné à détourner les masses laborieuses de la lutte des classes. Rosa Luxemburg ainsi s’opposait aux dirigeants socialistes qui faisaient de l’indépendance de la Pologne à l’égard de la Russie le point central de leur programme. Demander aux commentateurs et éditorialistes de la pensée unique de prendre en compte cette réalité historique, c’est évidemment beaucoup demander, en notre époque où l’inculture et l’ignorance crasse sont tenues pour des vertus majeures. En tout cas, il est clair qu’on devrait pouvoir porter un jugement sévère sur le mouvement sioniste, sans être antisémite. Cette question n’est pas plus taboue que la politique coloniale française en Algérie, par exemple : à part M. Le Pen, il n’y a plus grand monde en France pour taxer de « racisme antifrançais » ceux qui jugent sévèrement la politique française en Algérie jusqu’au début des années 1960. Mais pour Israël, la même méthode ne vaut pas. Ce que peuvent se permettre les historiens israéliens d’aujourd’hui, détruire les légendes sionistes et mettre Israël face à son propre passé colonialiste, est devenu à peu près impossible en Europe ou aux États-Unis. Même les critiques un peu appuyées de la politique d’un gouvernement de Tel-Aviv, quel qu’il soit, sont assimilées à de l’antisémitisme.

Que l’antisémitisme prenne le masque de l’antisionisme, c’est l’évidence même. Personne ne contestera que demeure vivant un antisémitisme sournois qui ne s’expose qu’à travers un langage codé. On n’oubliera pas non plus qu’il y a, dans la gauche, une vieille tradition antisémite qu’on pourrait faire remonter à Alphonse Toussenel, mais dont Proudhon, ce père fondateur de l’anarchisme, est loin d’être exemple. « Le socialisme des imbéciles » (selon le mot d’August Bebel, un des fondateurs de la social-démocratie allemande) qu’est l’antisémitisme peut encore faire recette en Europe. Mais que la politique d’Israël ait nourri l’antisémitisme, c’est tout aussi évident. Il est clair que les campagnes sur le thème « critique du gouvernement israélien = antisémitisme » correspondent à des objectifs stratégiques bien précis et font partie des armes de la guerre idéologique. Une guerre dans laquelle le sort des peuples du Proche-Orient (Israéliens compris) compte bien peu en regard des intérêts de la domination impérialiste. Une preuve indirecte peut en être donnée : par un curieux phénomène de contagion, ce qui vaut pour Israël vaut maintenant de plus en plus souvent pour les États-Unis. La dénonciation de « l’antiaméricanisme » est devenue une des occupations les mieux rétribuées pour certaines catégories d’intellectuels français. Seules les mauvaises langues rappelleront le soutien sans faille du grand-père de M. Bush au fascisme en général et au régime hitlérien en particulier. Seules les mauvaises langues rappelleront que même sous les bombes, l’armée allemande ne manqua jamais de pétrole. Étonnants, non ? Seules les mauvaises langues rappelleront que les antisémites hystériques d’hier sont devenus les plus inconditionnels soutiens d’Israël. Seules les mauvaises langues feront remarquer que les « amis d’Israël », surtout ceux qui siègent à Washington, sont aussi les amis des monarchies pétrolières et des principaux organisateurs et financiers de la propagande antisémite dans le monde musulman.

Retour de bâton ou complément logique : les mêmes méthodes sont maintenant appliquées par les mouvements fondamentalistes islamistes : toute critique de l’islam comme religion est considérée comme « islamophobie », et donc indirectement comme une sorte de racisme, symétrique à l’antisémitisme. Et par voie de conséquence, les critiques adressées à l’islamisme sont assimilées à des critiques de l’islam et à de l’islamophobie. Un certain nombre de hiérarques chrétiens ont d’ailleurs bien compris et tentent de faire taire sous des prétextes analogues toute manifestation d’antichristianisme. Front unique des curés, des rabbins et imams. On s’étonne que Nietzsche soit encore en vente libre !

Résumons : la critique est interdite, de l’esclavagisme, de l’anti-esclavagisme, du colonialisme et de l’anticolonialisme, du judaïsme, de l’islam, du christianisme, d’Israël, des États-Unis et des États arabes… Silence dans les rangs. Vous avez cependant le droit de dire tout le mal que vous voulez de Cuba, de l’Iran, de la Corée du Nord, et par un vieux réflexe vous pouvez même vous en prendre à la Russie ! Les bons sentiments, même antiracistes, sont presque à classer au rang des armes de destruction massive de la liberté.

On pourrait ainsi multiplier les exemples, en nous tenant à la France : il n’est pas besoin d’aller aux États-Unis pour voir comment la pensée unique, le conformisme de masse, le puritanisme le plus ridicule et le plus tatillon exercent leurs ravages dans une démocratie transformée en jouet des groupes de pression et des oligarchies en tout genre. On veut punir les propos homophobes et dans le même temps on voit des campagnes hystériques contre la pédophilie qui se transforment en véritables chasses à l’homme, ainsi que l’a révélé le procès d’Outreau. C’est ainsi que, sous les dehors de la tolérance et même du laxisme, le puritanisme fait un retour remarqué. Dans un curieux bloc politique, le droit à la différence et la défense des religions font cause commune : on voit MM. Raoult, député UMP, et Aounit, conseiller régional élu sur une liste PCF, demander presque dans les mêmes termes que soit puni le blasphème contre l’Islam. Jadis, les intellectuels et les politiques prenaient fait et cause pour Salman Rushdie menacé de mort pour ses Versets sataniques. On trouverait aujourd’hui beaucoup de bonnes âmes anticolonialistes, antiracistes, ou tout ce qu’on veut, pour trouver des excuses à la fatwa prononcée par Khomeiny.

De la part de la droite française, cette hostilité à la liberté d’expression n’est pas vraiment surprenante. Seuls les jeunes gens peuvent ne pas savoir quel pesant conformisme faisait régner le gaullisme, à l’époque où l’adaptation, par Jacques Rivette, de La Religieuse de Diderot tombait sous les coups de la censure, à l’époque où François Maspero – en raison des ouvrages politiques qu’il publiait – et Jean-Jacques Pauvert – pour ses œuvres érotiques – croulaient sous les procès. Le « parti de l’ordre » est dans son rôle.

Plus inquiétant et plus étonnant semble le ralliement de la gauche à la répression tous azimuts. Mais quand on y regarde de plus près, ce n’est pas si étonnant. Si la droite défend la propriété bien plus que la liberté, la gauche a été plus souvent qu’à son tour élitaire et autoritaire. Il n’est guère d’organisation aussi peu démocratiques que les syndicats et partis de gauche, mis à part les partis de droite ! Le succès français du « centralisme démocratique », ce produit d’exportation russe semblait peu compatible avec le tempérament qu’on dit volontiers frondeur et un peu anarchiste des Français. Pourtant, pendant plusieurs décennies, le Parti Communiste a réussi à imposer une formidable discipline des consciences à des centaines de milliers de citoyens, majeurs, indépendants, qui se sont essayés à la servitude volontaire. Il n’en va guère mieux avec le parti socialiste – sous ses divers avatars – qui, sans la force et l’efficacité du PCF, a une solide tradition de parti bureaucratique avec des mœurs semi-féodales et parfois franchement mafieuses.

Au fond, cette gauche française qui a renoncé depuis longtemps à secouer le joug du capital et de l’État et n’a rien d’autre à proposer que mettre des fleurs sur les chaînes de l’oppression et de la domination, est fondamentalement portée à mépriser la liberté. Tant que la droite et la gauche s’opposaient frontalement (selon la logique de la guerre froide), il restait à la liberté un espace dans ce conflit lui-même. Mais avec la fin des espoirs, des illusions ou des mystifications du « socialisme à la française », un fin qu’on peut faire remonter à l’automne 1981, l’exténuation du conflit droite-gauche conduit progressivement la vie publique au conformisme, au triomphe complet de la langue de bois. C’est ainsi qu’il est devenu impossible de distinguer par le style et le vocabulaire les textes des congrès des partis de droite de ceux des partis de gauche.

Cette domination sans partage d’une pensée commune à toutes les classes dirigeantes, de droite et de « gauche » n’est pas spécifiquement française. Il est vrai que, sous certains aspects, le phénomène est aggravé par les institutions de la ve République, cette monarchie élective qui personnalise au maximum le pouvoir et dépolitise la vie publique. Mais un peu partout on assiste à la même normalisation de la pensée. À la différence des entreprises totalitaires du xxe siècle, nous n’avons pas affaire à une idéologie intolérante prônant l’exclusion et l’élimination des déviants. Les staliniens ou les nazis ont des ennemis et savent qu’on peut tenir les langues mais non les pensées des individus. C’est bien pourquoi ils procèdent aux purges et aux exterminations de masse : hommage du vice à la , le totalitarisme classique ne croit pas vraiment à la possibilité de modeler les esprits une fois pour toutes. La pensée unique libérale contemporaine, au contraire, prend au sérieux les discours totalitaires et veut les réaliser : elle croit qu’on peut réellement modeler les esprits, les formater selon les besoins du système politique, social et économique dominant, et  qu’on peut parvenir à ce but dans le consensus, sans avoir besoin d’user de la torture, des exécutions et de la toute-puissance de la police politique.

Ainsi, paraît-il, on ne doit pas plus discuter les principes de « l’économie de marché » (aimable euphémisme pour « capitalisme ») que ceux de la démocratie. Si d’ailleurs vous discutez les premiers, c’est qu’en vérité vous êtes un ennemi caché de la seconde et donc un stalinien ou un nazi qui s’ignore : sur ce thème toute une escouade d’intellectuels (sic) stipendiés produit une littérature aussi insipide que répétitive, mais qui bénéficie d’une large publicité dans des médias de plus en plus directement contrôlés par les maîtres de cette fameuse « économie de marché ». Le MEDEF mène, du reste, une offensive obstinée contre ce qui dans le système d’enseignement français résiste encore à la pensée unique. On ne discute pas plus l’économie de marché que la démocratie, c’est ce qu’a affirmé un responsable de l’organisation patronale demandant que Marx soit retiré des programmes de sciences économiques et sociales des lycées. En juillet 2006, Mme Parisot, la nouvelle présidente de l’organisation héritière du « comité des forges » de sinistre mémoire, n’a cependant pas hésité à mobiliser Sartre et les Réflexions sur la question juive pour condamner toute attaque contre les patrons qui s’apparenterait à une sorte de racisme, parce que désignant un groupe à vindicte publique… Concentré de la nouvelle pensée unique, la trajectoire de François Ewald, maoïste à la grande époque du maoïsme, devenu disciple de Michel Foucault et finalement l’un des principaux théoriciens du MEDEF.

Précisons : il existe des cas classiques de gauchistes devenus des hommes de droite aussi fanatiques à droite qu’ils avaient été fanatiques à l’extrême gauche. L’ex-dirigeant stalinien Yves Roucaute, l’ex-guérillero du quartier latin Romain Goupil, l’ex maoïste Glucksmann sont devenus les thuriféraires français de la pensée « neocon » (enfin, pas si « néo » que ça…) et défendent inconditionnellement la politique de la Maison Blanche avec la même ardeur que celle qu’ils mettaient hier pour défendre les tyrans de Moscou, de La Havane ou de Pékin. Mais si l’attitude intellectuelle, les traits de caractères ne changent pas (quand on retourne sa veste, c’est toujours la même veste), ces gens-là ont été obligés de renier leurs petits livres rouges, leurs manuels de marxisme léninisme ou leur traité de la guérilla rurale en vue de son développement sur le continent européen.

Il n’en va pas de même, par exemple, avec l’évolution des disciples de Michel Foucault, des amis de Guy Hocquenghem (fondateur du FHAR – Front Homosexuel d’action révolutionnaire), de Daniel Cohn-Bendit et plus généralement de tout le « gauchisme sociétal » : le « gauchisme sociétal » est naturellement compatible avec toutes les formes du .

Les premiers cités sont des exemples classiques d’une trop prévisible transformation du jeune petit-bourgeois révolutionnariste en vieux petit-bourgeois réactionnaire. Quand on voit ces clowns à la télévision, quand on lit d’aventure leurs papiers dans un de ces quotidiens que bientôt plus personne ne lira, on ne peut qu’éclater de rire et chantonner la vieille chanson de Jacques Brel : « les bourgeois, c’est comme les cochons… »

Le second type est bien plus intéressant parce qu’il est très clairement en prise avec la réalité de la domination aujourd’hui : l’oppression doit se parer des oripeaux de la révolte. Les « neocons » restent des extrémistes, des partisans de la révolution violente – même si maintenant c’est l’armée des USA qui est porteuse de cette « violence révolutionnaire ». Les gauchistes sociétaux reconvertis dans le néolibéralisme expriment au contraire le régime normal du système de domination aujourd’hui. Ils sont positionnés en son centre de gravité. « Vivre dangereusement » : idéal romantique pour une jeunesse aventureuse, idéal nietzschéen, voilà ce qui convient parfaitement au moment où la précarité au travail devient la règle – la vie elle-même est précaire, dit encore l’inénarrable Mme Parisot, qui défend le développement de « séparabilité » des travailleurs… Les vieux capitalistes étaient volontiers un peu, beaucoup et parfois passionnément racistes. Les nouveaux sont pour le « métissage » qui permet de donner une élégante justification à la mondialisation et à la destruction des acquis sociaux. On sait comment la publicité exploite cette idéologie « new age » au service du « business as usual ».

Prenons le domaine des mœurs. « Dans le temps », les ouvriers vivaient souvent « à la colle » et les enfants naissaient hors mariage plus souvent qu’à leur tour. Le mariage était une affaire de bourgeois qui servaient unir des patrimoines et bien plus rarement des cœurs. Les moralistes chagrins se plaignaient souvent des mauvaises mœurs des pauvres. Entre ouvrière et fille de mauvaise vie, on faisait l’amalgame sans beaucoup de précaution. En vérité, ouvriers et bourgeois n’appartenaient pas au même monde, ne vivaient pas selon les mêmes valeurs ni les mêmes règles et dans la classe ouvrière demeurait vif le souvenir de l’indépendance d’antan, l’indépendance du travailleur indépendant, l’indépendance aussi du « cheminot » – celui qui va sur les chemins et travaille là où l’occasion se présente – , de celui qui n’est attaché nulle part. L’anarchisme en France, les « wooblies » aux États-Unis témoignaient de cet état d’esprit. Et les mœurs étaient une des expressions de cette opposition entre deux mondes incompatibles. C’est ainsi que l’opposition ou l’extériorité ouvrière pouvait rejoindre la critique artiste ou bohême du mode de vie bourgeois. Être contre la bourgeoisie, c’était être aussi contre le mariage bourgeois, contre les conventions hypocrites, pour la liberté aussi dans le domaine de la sexualité.

Dès que les ouvriers cependant durent se faire à l’idée que l’exploitation capitaliste n’était pas qu’un mauvais moment à passer, dès qu’ils furent assez forts pour imposer une amélioration des conditions de travail, sans l’être assez cependant pour renverser le système, dès qu’ils purent donc avoir l’espoir de s’intégrer à de moins mauvaises conditions au fonctionnement d’ensemble de l’exploitation capitaliste, on assista à une « normalisation » des mœurs ouvrières. La montée du syndicalisme au lendemain de la Première guerre mondiale a permis une nette amélioration de la condition ouvrière qui s’est d’abord traduite par un repli rapide du travail des femmes : la femme au foyer devint l’idéal de l’ouvrier qui réussit. Les « mauvaises mœurs » devinrent l’apanage des petits-bourgeois et le Parti Communiste se fit le gardien de la moralité des ouvriers, sous le regard sourcilleux de Jeannette Thorez-Vermersch.

Les bonnes mœurs d’aujourd’hui résolvent presque magiquement toutes contradictions : contre le vieil ordre moral, il va de soi que la sexualité est plurielle. On peut être bêtement hétéro, mais il est assez branché d’être gay : on reprend le mot américain selon les mêmes procédés d’euphémisation qui font qu’on ne parle plus des Noirs mais seulement des Blacks. Mais il est aussi intéressant d’être lesbienne, bi (sous-entendu « bisexuel ») ou « trans ». Il y a même une association des gays, lesbiennes, bi et trans, qui doit s’appeler GLBT (ce qui ne veut pas dire « groupe léniniste bolchevik des travailleurs).

La sexualité est plurielle : n’exagérons rien ! Car il n’est pas sûr qu’il s’agisse encore de sexualité. On reprend aussi la mode américaine des « gender studies » et c’est la notion de genre (catégorie grammaticale ou métaphysique) qui se substitue au bon vieux sexe dont le tort est d’évoquer presque naturellement des parties du corps, des pénis en érection, des clitoris, des seins, des vagins et toutes les excrétions qui accompagnent généralement leur rencontre. La nouvelle pluralité est hygiénique !

Mais surtout la nouvelle sexualité doit être normalisée. Jadis, on se battait pour avoir le droit de faire l’amour sans passer devant le maire et le curé. « J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main », chantait Brassens. Aujourd’hui, la revendication cruciale, celle qui fait l’unanimité (ou presque) des libéraux et sociaux-démocrates du monde entier, c’est la revendication du mariage homosexuel ! « Gravons nos noms au bas d’un parchemin » scandent les gardiens du nouvel ordre moral. Laissons de côté les questions complexes que pose cette revendication sur le plan de la signification des normes juridiques et des techniques de reproduction de la vie. Retenons le plus important : il n’est plus question qu’il y ait d’un côté l’ordre juridique, légal, moral ou tout ce que l’on veut et de l’autre le désordre, la contestation, la révolte. La révolte et la contestation doivent, elles aussi, s’intégrer à l’ordre, devenir une des modalités, juridiquement déterminées, de l’application de l’ordre lui-même. Le mariage homosexuel, c’est la revendication que plus aucune activité humaine ne soit hors-la-loi, que la plus petite marque de non-conformisme disparaisse et que toutes les extravagances du corps reçoivent la bénédiction étatique. Le mariage homosexuel, une nouvelle et étonnante extension du « biopouvoir » dont Foucault, l’un des premiers, avait fait la théorie.

Étonnant magma qui englobe tout que celui de cette pensée unique : le maire homosexuel de Paris fait rebaptiser un haut lieu parisien du nom … du pape Jean-Paul II. Le conflit est hors-la-loi. Avec la pensée unique, la laïcité doit être « ouverte » pour devenir compatible avec le cléricalisme, la liberté doit passer sous les fourches caudines de la multiplication à tout propos et hors de propos des règlements, les contraires doivent fusionner dans une grande embrassade générale. Quitte à ce que la vérité et le rappel au réel soient purement et simplement censurés. La grande offensive contre la psychanalyse, une offensive dont Deleuze et Foucault furent sans doute les initiateurs, s’inscrit maintenant dans la configuration contemporaine du gauchisme sociétal retransformé en pensée dominante. Il faut que Freud soit un escroc, car la psychanalyse rappelle qu’il faut un homme et une femme pour faire des enfants et que les montages de la parenté se font toujours sous contrôle de cette contrainte réelle : insupportable déni du « droit » des homosexuels à avoir des enfants ! Il faut dénigrer Freud et le clouer au pilori, comme on l’a fait pour Marx, parce que Freud analyse le « malaise dans la civilisation » et permet de démonter les mensonges du bonheur obligatoire de la société de marché. Il faut un prétendu « livre noir de la psychanalyse » parce qu’il faut en finir avec les critiques impitoyables de la société contemporaine, les « freudo-marxistes » de l’école de Frankfort, Adorno et Horckheimer ou Marcuse dont L’homme unidimensionnel est plus que jamais actuel.

Évidemment, tout cela trouve son arôme spirituel dans la culture et les œuvres dominantes. Pendant que les « maîtres du soupçon » sont renvoyés en enfer, la bonne vieille philosophie spiritualiste qui a dominé si longtemps l’université française reprend du poil de la bête. Luc Ferry, ancien ministre, enseigne ce que doit être la philosophie, ce que doit être l’enseignement de la philosophie pour les jeunes gens, afin qu’ils réussissent leur vie… Désamorcer tout le potentiel de contestation de ce très vieil exercice intellectuel, voilà à quoi s’emploient aussi les mandarins « analytiques » qui veulent « professionnaliser » la philosophie, en faire une discipline technique, annexe des sciences dures ou de la psychologie. Réduite à la portion congrue, la psychologie critique et la psychanalyse laissent la place sur les étals des libraires aux manuels de développement personnel et autres traités pour bien élever son chien et ses enfants ou être à l’aise dans ses baskets. Ne parlons pas du rayon « sciences économiques », d’une uniformité doctrinale confondante, au-delà de quelques variantes superficielles.

L’uniformisation de la pensée est, certes, une tendance récurrente. Aucune époque n’y a vraiment échappé. Peut-être même, notre croyance rationaliste qui fait découler la vérité de l’exercice de la raison y pousse-t-elle. Mais à notre époque et peut-être pour la première fois l’uniformisation de la pensée s’opère sans aucune référence à la vérité. Bellarmin devait avoir raison contre Galilée, car l’Église détenait la vérité. Et c’est au nom de la vérité construite par la raison qu’a été mené le combat contre l’Église. Staline avait raison, parce que le socialisme scientifique était censé dire vrai. Même dans le 1984 d’Orwell, quand le parti veut faire admettre à Smith que 2 et 2 font 5 si le parti estime que c’est cela la vérité, on est encore dans un rapport, certes pervers, à la vérité. La pensée unique, elle, nietzschéenne en diable en cela, est indifférente à la vérité. C’est sa force. Efficacité, utilité, frivolité, prospérité, plaisir, épanouissement personnel, bonheur et longévité, tout cela est invoqué par cette idéologie dominante, mais la vérité presque jamais. Mais la liberté commence quand on sait que 2 et 2 font 4 et qu’on peut le dire : La leçon d’Orwell ne doit pas être oubliée.

 



[1] G.Orwell, 1984, traduit de l’anglais par Amélie Audiberti, Gallimard, Folio, pp. 435 et 436

[2] Nacy Fraser : Qu’est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et redistribution. Traduit de l’anglais par Estelle Ferrarese, éditions La Découverte, 2005.

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Commentaires

reponse à novlangue sur site denis colin. par touizer henri le Dimanche 20/05/2007 à 17:11

 cher monsieur. je suis heureux d'avoir pris connaissance de votre critique de la novlangue à laquelle je souscris totalement( meme sur le sionisme)vos commentaires decriptant la pensèe unique me comblent. mais quid? de l'affirmation de  l'Islam iranien ouvertement faite à la Mecque de son programe de detruire Israel? paroles en l'air ?monsieur Colin? novlangue? nul doute que votre rèel esprit critique  denouera le Rèel de ces velleites iranienes qui cependant restent l'espoir secret d'une ideologie certaine.je vous remercie de votre article sur les Incommentsurables.


par alain le Mardi 18/11/2008 à 14:38

Je découvre aujourd'hui votre article et je jubile: enfin quelque chose d'original et qui tranche avec le ronron moutonnier des soit-disant iconoclastes radicaux (je pense par exemple aux affligeants de Multitudes) pour qui la pensée ne commence véritablement qu'aux Etats-Unis en 70 (avec, il est vrai, l'exportation de la "french theory"). Enfin un peu de chair dans tout ce cloaque intellectualisant ! D'accord à 90 % avec ce que vous dites dans cet article, j'ai surtout goûté votre pic contre les « gender studies » et le genre qui, en quelques années, sont devenus une icône intouchable et, pour reprendre leur vocabulaire, un "marqueur idéologique" fort de la gauche et de l'extrême-gauche au point de reléguer immédiatement dans le camp des Boutin et consorts ceux qui ont le malheur de parler de celle-ci comme une théorie, voire une idéologie. Existe-t-il à votre connaissance une littérature critique sur le sujet car j'avoue que sur ce point je ne trouve partout que désolante unanimité ...


Dangereux mais salutaire ! par Laurent le Jeudi 14/01/2010 à 20:16

Cher Collin,

Bien que franchement salutaires vos remarques et analyses ci-dessus, vous conduirons un jour droit au bûcher !

Si Marx, publier aujourd'hui "le manifeste" et "sur la question juive" serait il traiter autrement ?

Par malheur pour les bourreaux et délateurs, nous serons beaucoup plus nombreux qu'ils ne le pensent et le prétendent à la télévision, a éteindre les flammes et botter le derrière des ces assassins de la liberté !

Continuez, nous stockons les bidons d'eau !

Laurent