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Social-sadisme

ou comment Sade saisit l'essence du capitalisme

Par Denis Collin • Morale et politique • Lundi 12/05/2008 • 0 commentaires  • Lu 3936 fois • Version imprimable

Sade a sans doute saisi l’essence du capitalisme qui n'était encore qu'à l'état naissant.  Ce petit discours du financier qui accable la pauvre Justine après qu’elle a repoussé les avances d’un curé libidineux , en dit long ... et ressemble à s'y méprendre aux prêches de nombre de politiciens dits "libéraux" ou de certains économistes ayant pignon sur rue...

« Ah ! monsieur, avec de pareils principes, il faut donc que l'infortuné périsse !
    - Qu'importe ! Il y a plus d'individus qu'il ne faut dans le monde ; pourvu que la machine ait toujours la meure élasticité, que fait à l'État le plus ou le moins de bras qui la pressent ?
    - Mais croyez-vous que des enfants respectent leur père quand ils en sont maltraités ?
    - Que fait à un père l'amour des enfants qui le gênent !
    - Il vaudrait donc mieux qu'on nous eût étouffés dès le berceau ?
    - Assurément. C'est l'usage dans beaucoup de pays ; c'était la coutume des Grecs ; c'est celle des Chinois. Là, les enfants malheureux s'exposent ou se mettent à mort. A quoi bon laisser vivre des créatures comme vous, qui, ne pouvant plus compter sur les secours de leurs parents, ou parce qu'ils en sont privés ou parce qu'ils n'en sont pas reconnus, ne servent plus dès lors qu'à surcharger l'État d'une denrée dont il regorge ? Les bâtards, les orphelins, les enfants mal constitués, devraient être condamnés à la mort dès leur naissance. Les premiers et les seconds, parce que, n'ayant plus personne qui veuille ou qui puisse prendre soin d'eux, ils souillent la société d'une lie qui ne peut que lui devenir funeste un jour ; et les troisièmes, parce qu'ils ne peuvent lui être d'aucune utilité. L'une et l'autre de ces classes sont à la société comme ces excroissances de chair, qui, se nourrissent du suc des membres sains, les dégradent et les affaiblissent ; ou, si vous l'aimez mieux, comme ces végétaux parasites, qui, se liant aux bonnes plantes, les détériorent et les rongent en s'adaptant leur substance nourricière. Abus criants que ces aumônes destinées à alimenter une telle écume... que ces maisons richement dotées, qu'on a l'extravagance de leur bâtir, comme si l'espèce des hommes était tellement rare... tellement précieuse, qu'il en fallût conserver jusqu'à la plus vile portion ; comme s'il n'y avait pas plus d'hommes, en un mot, qu'il n'en faut sur le globe, et comme s'il n'était pas plus nécessaire à la politique et à la nature, de détruire que de conserver. »
(Justine ou les infortunes de la vertu)

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