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Légaliser l’euthanasie ?

À nouveau le vieux débat sur la légalisation de l’euthanasie a fait retour avec une proposition de loi de Laurent Fabius contresignée avec une députée UMP. Il s’agit de dépénaliser l’assistance au suicide et de consacrer un « droit à mourir ». Pour mettre en conformité la législation française avec celle qu’on déjà adoptée plusieurs pays européens, on nous propose un nouveau « progrès » sociétal (faute de pouvoir proposer le progrès social). Quitte à fâcher mes amis libres penseurs, je dois avouer mon malaise devant ce genre de « progrès ».

Tout d’abord, le « droit à mourir » me semble une expression dépourvue de sens. C’est en effet un droit garanti à tous sans condition et que tous sont contraints d’exercer un jour ou l’autre ! Et la plupart des mortels ont surtout à se plaindre d’être obligés d’user de ce « droit à mourir » un peu plus tôt qu’ils ne le voudraient.

En France, plus de 10.000 personnes exercent volontairement ce droit à mourir chaque année et se suicident sans assistance. C’est deux fois le nombre de morts par accident de la route. Le suicide représente, avec 14% des cas, la deuxième cause de mortalité chez les 18-24 ans. Bien qu’il n’y ait pas de statistique fiable, les syndicats estiment à plus de 300 le nombre annuel de travailleurs qui se suicident faute de pouvoir résister à la pression au travail – des cas récents à Renault, PSA et France Télécom avaient attiré l’attention sur ces drames soigneusement camouflés car ils dévoilent ce qu’est la violence de l’exploitation. Tous ceux-là ont exercé leur « droit à mourir ». À 35 ans l’espérance de vie des cadres dépasse de sept ans celle des ouvriers. Doit-on en déduire que les ouvriers jouissent plus vite, avec plus d’empressement de leur « droit à mourir ». On pourrait empiler les statistiques et se demander , de dehors de toute prise de position ou juridique sur le « suicide assisté » pour quelle raison notre société et nos hommes politiques (droite et gauche confondues) semblent bien plus préoccupés de hâter la mort que de préserver la vie. À se demander si la pulsion de mort, Thanatos, n’est pas la pulsion dominante de la société capitaliste libérale avancée – trop avancée, comme on le dit d’un aliment qui commence à pourrir...

Mais revenons sur le « droit à mourir ». Si c’est un droit, on peut exiger d’en jouir et il doit y avoir en contrepartie un devoir d’assurer au titulaire du droit à mourir la possibilité d’exercer son droit. Or, un tel droit n’existe pas. Jusqu’à présent sous aucune forme. Le suicide est un fait, mais nullement l’expression d’un « droit » puisque l’exercice de ce droit supprime son titulaire ! Mais si quelqu’un assiste à une tentative de suicide, son devoir le plus absolu est d’empêcher, par tous moyens à sa disposition, le désespéré de parvenir à ses fins. A fortiori, il est évidemment impossible d’exiger de quelqu’un qu’il garantisse ce prétendu droit à mourir en prêtant assistance. Le droit à mourir en général est un galimatias.

On me dira qu’il ne s’agit pas d’un droit à mourir en général mais d’un droit à mourir dans la dignité pour les patients atteints d’un mal incurable. Mais ce n’est pas en rajoutant toutes sortes de qualificatifs et de compléments à une expression au mieux totalement vide qu’on va la rendre plus sensée. Car personne n’est capable de dire ce qu’est « mourir dans la dignité ». Jadis, on pensait que mourir dans la dignité, c’était accueillir le plus sereinement possible la mort. Les souffrances qui précèdent la mort (ou ne la précèdent pas, d’ailleurs) peuvent être terribles pour le mourant mais elles ne rendent pas la mort « indigne ». Une longue agonie ne plonge pas celui qui la subit dans l’indignité. Elle le fait souffrir, peut-être inutilement, mais la dignité n’a rien à voir là-dedans. Seulement l’éternelle souffrance humaine. Alors pourquoi ce jargon incompréhensible ? Pour éviter d’employer le mot tabou d’euthanasie dont les résonances sont assez fâcheuses – nous sommes encore nombreux à entendre « État nazi » quand on prononce le mot « euthanasie », cette prétendue « mort heureuse ». Comme si la mort pouvait être heureuse ! Elle est éventuellement heureuse pour les héritiers, qui vont toucher le magot, pour la famille qui ne supporte plus de rendre visite au parent agonisant, pour le trou de la sécurité sociale, etc. Mais pour le mortel, la mort n’est jamais heureuse et si parfois il l’accueille comme une délivrance, c’est seulement parce qu’elle lui semble un moindre mal, parce qu’il n’a plus la force de vivre, que les causes extérieures ont eu raison de son effort vital, de son conatus comme dirait Spinoza.

Alors que faire face aux souffrances insupportables des malades qu’on a dit condamnés ? Légalement, juridiquement, rien du tout ! La loi permet de ne pas prolonger les traitements inutiles, elle permet de ne pas maintenir artificiellement en vie un individu déjà mort cliniquement, elle permet au malade de refuser la énième opération inutile et de demander à bénéficier des soins palliatifs. On ne peut rien demander de plus à la loi et surtout pas d’autoriser explicitement « le suicide assisté ». L’expression « suicide assisté » est du reste encore un contradiction dans les termes. « Suicide » veut dire homicide de soi-même. Le suicide assisté est l’homocide de soi-même par un autre ! Quel embrouillamini dans le cerveau des défenseurs de l’euthanasie ! Mais passons. Si on admet un droit à l’euthanasie, il reste à savoir qui va exercer ce droit. Si le corps médical est autorisé à euthanasier les malades, en ce qui me concerne, je ne mets plus les pieds dans un hôpital ! Et pourquoi faudrait-il confier cette « tâche » aux médecins. Soigner est un art difficile mais tuer est à la portée de tout le monde. Donc si la famille se plaint de l’agonie qui dure, pourquoi ne procéderait-elle pas au geste fatal ?

Qu’on me comprenne bien : le problème n’est pas celui des dérives éventuelles de ce prétendu droit à l’euthanasie. Le problème, c’est le geste lui-même. Tant qu’il est interdit, est préservé le caractère sacré de la vie et l’interdit absolu du meurtre – interdit fondateur faut-il le rappeler ? Il arrive ensuite, que dans certaines circonstances quelqu’un (médecin ou membre de la famille) donne la mort à l’agonisant et alors il doit encore en rendre compte devant la justice. Laquelle n’est pas obligée d’être stupide et doit savoir faire la différence entre le meurtre pour avoir l’héritage et la mort donnée à un être cher qui n’en peut plus de vivre. L’examen des circonstances permet de trancher et éventuellement d’acquitter le prévenu. Mais celui qui donne la mort doit continuer de répondre de ses actes.

Il y aurait de nombreuses leçons à tirer de cette insistance de nos sociétés à se donner le droit de faire mourir les malades, à trancher entre les vies qui méritent d’être vécues et celles qui ne vaudraient pas la peine d’être vécues. Dans le monde libéral des « sujets-rois », individus absolument souverains, complètement émancipés, le non-maitrise de la vie et de la mort devient insupportable. On proclame le « droit à l’enfant » (un droit absurdissime) et maintenant le droit de mourir. Les liens de ce droit avec l’idéologie libérale-capitaliste dominante sont absolument évidents. Il y a une autre raison : l’idéologie du progrès qui devait nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature », cette idéologie qui soutient la marche en avant de plus en plus destructrice de la société technique industrielle, se heurte de front, dans le malade incurable, à l’irrépressible question de la mort. C’est insupportable et c’est pourquoi il faut à tout prix éliminer ces témoins gênants de l’échec inévitable des ambitions folles de l’accumulation illimitée du capital.

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Ecrit par dcollin le Samedi 6 Décembre 2008, 00:12 dans "Actualités" Lu 9661 fois. Version imprimable

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Commentaires

lemoine - le 06-12-08 à 19:16 - #

Oui, il est tout à fait remarquable que, bien souvent, ceux qui s’opposent à toute idée de révolution sociale se montrent  les plus empressés à bousculer les fondements de la civilisation.
 
Réquisitionner des logements pour ceux qui sont à la rue leur parait inadmissible, impensable, mais ils ne craignent pas de modifier notre attitude face à la mort. Ils sont eugénistes sans s’interroger sur le fondement de cette philosophie.
 
D’autres considèrent froidement que deux hommes en couple sont équivalents à un homme et une femme. Qu’ils aient parfaitement le droit de vivre comme bon leur semble  n’est pas discutable, et ce n’est pas cela que je conteste, mais qu’ils forment une famille susceptible d’avoir une lignée, personnellement je ne peux pas le comprendre. A moins de considérer qu’une famille n’est rien d’autre qu’une cellule économique et un foyer fiscal, comment comprendre cela.
 
Socrate était pédophile et aimait les jeunes garçons dans leurs premiers duvets (14 ou 15 ans donc). Faut-il suivre son exemple ? Je ne vois pas quels arguments rationnels pourraient s’y opposer si on considère que le choix de l’individu doit s’imposer à la société et qu’elle doit se mettre à son service. Il faudrait peut-être alors qu’elle aménage des lieux qui permettent de favoriser ces rencontres.


Re:

Audrey Pereira Nunes - le 10-12-08 à 16:18 - #

"...Si on considère que le choix de l'individu doit s'imposer à la société et qu'elle doit se mettre à son service"....
Il me semble que c'est un fait et plus seulement une hypothèse. Prenons l'exemple d'une femme qui décide d'avoir un enfant. Une fois né, la société apporte son soutien à la mère sous de nombreuses formes et durant de nombreuses années; soins, enseignement, allocations...


Re:

dcollin - le 10-12-08 à 19:16 - #

Il y a une différence et de taille, c'est qu'on peut, en allant vite, dire qu'une société c'est fait pour assurer la reproduction de l'espèce humaine! Et donc le soutien accordé à la maternité est, j'allais dire, "naturel". Avant de me faire incendier par toutes les féministes, je vais en rajouter une couche: il n'y a pas presque pas de guerrière, en tout cas presque aucune société ne donne aux femmes la fonction de faire la guerre, pas par machisme et par préjugés patriarcaux, mais tout simplement parce qu'il faut protéger les femmes seules à même de reproduire la société humaine (comme tous les mâles ne se font pas tuer, il en restera toujours assez pour répandre leurs gamètes...). De même, quand je dis suivant Levi-Strauss, que la prohibition de l'inceste est en fait l'obligation de faire circuler les femmes, je m'attire généralement des protestations plus ou moins feutrées: pourquoi les hommes ne circuleraient-ils pas? Et de fait, ils circulent, par exemple dans les sociétés matrilocales. Mais si on se place non pas du point de vue individuel, un homme, une femme, un garçon, une fille, bref du point de vue moderne, mais du point de vue du groupe, indistinctement, alors il devient clair que le bien le plus précieux d'un groupe, ce sont ses femmes. Je sais bien que toutes affirmations (ici un peu à l'emporte-pièce) sont désagréables pour les oreilles qui ne peuvent plus entendre que le politiquement correct...
Amicalement
Denis.


lemoine - le 12-12-08 à 17:47 - #

L’euthanasie n’est pas une pratique nouvelle : sauf si c’est une légende, il était d’usage au 19ème siècle d’étouffer les victimes de la rage.

Ce qui est nouveau c’est la demande de faire avaliser des pratiques de ce type par la société sur la seule base de la convenance personnelle. J’imagine que de tout temps ceux qui enduraient des souffrances intolérables demandaient à leurs proches ou à leur médecin d’y mettre fin, mais jamais que je sache une telle demande n’a été adressée à la société ou au législateur, encore moins là où la souffrance pouvait être traitée.

Ce qui est nouveau également c’est l’apparition de demandes en rupture avec les pratiques de la civilisation comme le mariage homosexuel. Il faut rappeler que les grecs ne connaissaient rien de tel bien qu’ils admissent très largement l’homosexualité (que je ne condamne pas – je le rappelle – (car il faut être prudent avec cette question hautement polémique)).

Cela n’a donc rien à voir avec le soutien apporté par la société aux familles. La question est celle de la demande individuelle sur une pratique en rupture avec les pratiques de la civilisation.


le droit à l'euthanasie

georges.avossa@neuf.fr - le 07-12-08 à 12:25 - #

"Qu’on me comprenne bien : le problème n’est pas celui des dérives éventuelles de ce prétendu droit à l’euthanasie. Le problème, c’est le geste lui-même." 

la dérive n'est-elle pas dans  le geste lui-même?  Si l'interdit absolu du meurtre est un principe fondateur, tout geste conduisant  à ôter sciemment la vie à autrui doit rester un crime ,puni comme tel. 
La pratique , notamment médicale et politique,  nous enseigne le relativisme  de "l'absolu" du principe. 
Vous l'admettez vous-même en prônant le maintien du statu quo en matière d'euthanasie et en demandant à la justice de ne pas être stupide devant certaines détresses. je suis d'accord avec vous sur cette position  qui revient , me semble-il, bien à considérer la question de  l'euthanasie  à partir de ses  dérives . 
Pour n'en citer que deux, le nazisme et la politique eugéniste de Vichy qui a laissé crever de faim des milliers de malades mentaux dans les asiles psychiatriques. Pas plus aujourd'hui qu'hier nous ne sommes à l'abri de pareilles dérives, surtout pas dans une société entièrement tournée vers la performance et  le fric. 


Pourquoi légiférer l'intime ?

NICOLLE - le 29-12-08 à 11:23 - #

La loi française actuelle est très claire et va jusqu'aux limites du légiférable : au cas où des analgésiques risquent d'accélérer la mort d'un malade en fin de vie, le médecin doit donner la priorité à l'absence de douleur sur le prolongement vain de la vie. Que demander de plus ?
Il faudrait aussi se demander d'où vient cette inflation de lois sur les rapports intimes. Pourquoi exhibe-t-on la vie privée et pourquoi voudrait-on la réglementer ? Je pense que les derniers instants d'une vie n'appartiennent qu'au mourant, à sa famille et, à la rigueur, au médecin de famille s'il en est véritablement un. Le politique n'a rien à y faire. Dans son dernier livre "La vie en sourdine", David Lodge rapporte la mort de sa femme ; elle en a assez des soins contre son cancer ; "C'est le moment de partir, et il faut que tu m'aides." Le médecin prescrit une grande quantité d'analgésique. "Il m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit : "une trop grande quantité de ces comprimés, alliée à l'alcool, peut être dangereuse."" Le soir, il écrase 20 cachets, les mélange à du lait et du cognac. Sa femme l'accueille à côté d'elle ; il s'allonge et lui tient la main jusqu'à ce qu'elle s'endorme. "J'ai appelé le médecin à six heures et il est venu. Il n'a posé aucune question et, en temps voulu, il a signé le certificat de décès." 
Voilà. Qui peut se permettre de juger ? Il n'y a rien à dire ni à redire. 


Quelques réflexions de plus

Jean Claude Fondras - le 04-01-09 à 20:09 - #

 Un grand merci pour cette analyse. Il y a lieu d’approfondir cette question de la mort dans notre société à la lumière de cette simple interrogation : pourquoi cette question (suicide assisté et euthanasie) surgit-elle aujourd’hui ? Je me permets d’ajouter aux arguments de Denis Colin, ces quelques pistes :

 - la volonté de légiférer sur les conditions de la mort est une forme de plus prise par le développement du « bio-pouvoir » (cf. Foucault), la gestion de nos vies par une médicalisation » orientée par l’État.

 - à partir des meilleures intentions et de cet argument pernicieux de « la perte de dignité », on risque de favoriser le pire, c’est-à-dire l’élimination des plus faibles au nom des « vies indignes d’être vécues ». Giorgio Agamben nous a rappelé (dans son Homo sacer) comment les lois sur l’euthanasie avaient été promulguées par des sociaux-démocrates bien intentionnés  avant d’être utilisée par les nazis.

 - Car, dire que seuls les « volontaires » pourraient en « bénéficier » est un piège. Chacun sait comment cet argument du volontariat est avancé pour justifier la retraite à 70 ans ou le travail du dimanche et comment il devient « politiquement correct » de s’y accorder ; c’est à celui qui prend d’autres options que l’on va finir par demander des comptes (pourquoi ne voulez vous pas travailler plus ?).  Une dépénalisation, voire une légalisation, conduit tôt ou tard ceux qui ne « choisissent pas » la mort « administrée » (dans tous les sens de ce terme !) à justifier leur décision.

 - Il est impossible, si on suit cette logique mortifère, de circonscrire ce prétendu « droit à la mort » aux seules personnes dont la mort est proche. En fait, reconnaître un tel droit aboutit inévitablement à établir un « droit général au suicide assisté », qui s’appliquerait aussi bien au malade atteint de polyarthrite ou au dépressif ou à celui qui anticipe sur l’évolution probable d’une maladie chronique ou simplement sur son vieillissement (cf. l’évolution des pratiques euthanasiques aux Pays-Bas et en Belgique).   

 - Croire diminuer les excès de la technique médicale par « droit à la mort » dont les médecins seraient les exécuteurs est un bel exemple de dialectique négative. On ne sort pas de l’attente médicale, car cet éventuel « droit » suppose que la fin de la vie  implique inévitablement un acte médical comme autrefois il était de bon ton d’avoir recours aux sacrements de l’Eglise. Pour le dire avec Ivan Illich dans sa Némésis médicale : « L’idée qu’un homme sain est capable de disposer de sa vie et en particulier de l’achever sans avoir recours […] à 1’hôpital, semble une idée scandaleuse à la plupart des avocats de l’euthanasie, Bien souvent, ces gens-là revendiquent le monopole professionnel de l’exécution du patient » !

 - Des justifications utilitaristes apparaissent rapidement comme le prélèvement d’organes à cœur arrêté après euthanasie (cela se pratique en Belgique), bel exemple de marchandisation de la mort. Il est clair qu’on est là dans le « progrès » libéral que Marx attribue à toute forme de capitalisme, dont il dit qu’il se développe en noyant : « les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste [...]. La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux [...]. Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusé » (Le Manifeste Communiste). La fin de la vie « administrée » pour ressembler à la « mort douce » par excès de drogue décrite par Huxley dans son Meilleur des mondes ? Non merci !


Bien cordialement.

 

 

 


Re: Quelques réflexions de plus

JYB - le 07-05-09 à 04:16 - #

Je crois qu'effectivement la réflexion de ce texte mérite un prolongement sur la question de la loi, de la fonction qu'on veut donner à la loi. En gros: la loi n'a pas pour but d'interdire. Sa fonction principale, c'est d'autoriser, c'est à dire de blanchir.

A part ça, ce texte de Denis, dans lequel je reconnais l'écho de discussions passées, me semble 90% matérialiste, 100% spinoziste et 100% catho. Les 10% qui manquent, ce serait la tradition épicurienne-stoïcienne sur le suicide philosophique, le suicide de Deleuze et autres. Mais ce suicide-là n'est pas médicalement assisté, pas assisté par ordinateur, pas légalement assisté...


lutter contre la souffrance

Palanché Annie - le 20-11-09 à 12:23 - #

Il est un domaine dans lequel les hommes ont le pouvoir et le devoir de travailler avec acharnement, c'est celui du soulagement de la souffrance.
Les soins palliatifs sont une réponse au problème de la souffrance en fin de vie. Cela a un prix  très élevé : recherches, formation des personnels, soins, ... sans oublier l'intendance.
Surgit un frein inhérent au système dans lequel nous vivons : combien d'argent une société, un système politique, acceptent-ils de donner à fonds perdus pour le système ?
D'où la problèmatique actuelle : comment faire les choses à moindre coût pour "humaniser" l'intolérable  ?


Re: lutter contre la souffrance

dcollin - le 20-11-09 à 12:55 - #

Tu as tout à fait raison. La frénésie pour l'euthanasie s'inscrit non pas au chapitre "morale" mais au chapitre "trou de la sécurité sociale" des préoccupations politiques! Si tu lis le rapport de la commission adhoc sur le traitement du cancer, tu verras qu'à mots à peine couverts, ils se lamentent que de plus en plus gens survivent et que le suivi des survivants coûte vraiment cher.


OUI à l'aide au suicide, mais NON à l'euthanasie !

ethos - le 10-07-10 à 19:59 - #

Au sujet de la différence entre l'euthanasie et l'aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu'il n'existe pas de différence entre les deux : dans un cas c'est le patient lui-même qui s'enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l'autre c'est le médecin qui la retire. Il faut d'abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l'on se situe sur le terrain de l'éthique, on peut raisonnablement soutenir qu'il n'existe pas de différence. Cependant, si l'on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l'euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l'emprisonnement à perpétuité) et l'aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d'emprisonnement). Dans le cas de l'aide au suicide, la cause de la mort est le suicide du patient et l'aide au suicide constitue d'une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en 1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu'une complicité que s'il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n'est plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l'aide au suicide est donc un non-sens.

En revanche, l'euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une transgression à l'un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l'interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d'autrui. Nos sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d'ailleurs aboli la peine de mort en 1976 (et en 1981 en France) ! Si l'euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l'esprit, conclure que l'euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d'un acte exige la prise en compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d'abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d'exprimer leur volonté) et les risques d'érosion de l'ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l'euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l'euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l'encontre du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :

« Il existe, tout d'abord, un danger réel que la procédure mise au
point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour
eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier,
et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un
fardeau pour les autres ou pour la société. C'est là l'argument dit du
doigt dans l'engrenage qui, pour être connu, n'en est pas moins
réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le
consentement à l'euthanasie ne soit pas vraiment un acte
parfaitement libre et volontaire »
Eric Folot