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Libertés en péril

Conférence à Bourges le 25 mai 2012

Par Denis Collin • Actualités • Mardi 05/06/2012 • 0 commentaires  • Lu 2383 fois • Version imprimable

A l'invitation de plusieurs associations (Attac 18, les décroisseurs berrichons ...), je me suis rendu à Bourges le 25 mai 2012 pour y parler de La longueur de la chaîne, publié l'an passé chez Max Milo. Mes amis berrichons ont mis en ligne la vidéo de cette conférence et je les en remercie.
Pour suivre la conférence, cliquez ici.
DC

Commentaire de Pierre Ruscassie

Denis, 

Dans la conférence que tu as tenue à Bourges, ce 25 mai <http://groupededecroisseursberrichons.hautetfort.com/archive/2012/06/04/denis-collin-libertes-en-peril.html>, tu expliques que la liberté (mais prise au sens d'absence de domination) est un fondement de l'égalité (donc du socialisme), et non l'inverse, et tu récuses à juste titre, à mon avis, la thèse courante de la contradiction entre liberté et égalité. 

Je trouve, cependant, confusionniste que tu te réclames du « politique » en l'opposant au « libérisme économique », que tu condamnes. Est-ce pour faire écho à l'opposition qui, aux USA, est faite entre les « libéraux » et les « libertariens » ? D'ailleurs, en quoi le « » est plutôt politique et le « libérisme » plutôt économique ? 

Le se rattache évidemment à la défense de la liberté, mais la quasi totalité de ceux qui se réclament du , donnent à la liberté le sens de « laisser-faire » et pas celui de « non-domination ». 

Tes ouvrages, notamment (Re)Vive la République !, te situent dans la filiation républicaniste qui, de Machiavel à Marx jusqu'à Philip Pettit, considère que la société est traversée par les conflits sociaux créés par différentes formes de domination. Or, en te référant au politique, tu te situes dans la filiation libérale qui, de Locke à Rousseau jusqu'à John Rawls, défend évidemment les libertés mais considère, aussi, que la société est construite sur un contrat social. 

Ce n'est compatible que si tu te réclames de la filiation « libérale » des origines en raison de son attachement à la souveraineté populaire tout en rejetant sa référence à un mythique « contrat social ». 

C'est d'ailleurs cet éclatement qu'a connu la filiation « libérale ». Dès son origine, elle était porteuse de deux trajectoires contradictoires, l'une « contractualiste », qui a gardé l'étiquette « libérale », et l'autre « démocratique », fondée sur la souveraineté populaire, qui convergeait avec la filiation « républicaniste ». Au cours du XIX° siècle, ces deux trajectoires se sont peu à peu détachées l'une de l'autre, au fur et à mesure que la bourgeoisie grandissante imposait le « laisser-faire », étendait sa domination, s'opposait à la souveraineté populaire et combattait la conception démocratique et républicaine qui répondait aux intérêts du salariat. 

La conception « contractualiste » fait du contrat un modèle et cherche à généraliser les rapports sociaux basés sur le consentement des parties. En effet, elle conçoit la liberté comme étant le consentement des autres, l'absence d'opposition. Selon cette conception, respecter la liberté c'est « laisser-faire », généralement au détriment de l'égalité des droits mais en faisant ainsi l'économie de la loi. 

Ces rapports sociaux de consentement peuvent être des rapports égalitaires, mais le sont rarement : leur caractère, égalitaire ou non, dépend du rapport de forces entre les parties. C'est pourquoi, entre petits producteurs, les rapports marchands apparaissaient comme égalitaires. Leur généralisation fut donc perçue comme un progrès vers la justice, en comparaison des rapports féodaux ou monarchiques. 

Mais l'extension des rapports marchands à la force de travail a instauré une inégalité aussi féroce que les précédentes en donnant aux capitalistes tout le pouvoir sur l'usufruit de cette force de travail. 

La conception « républicaniste » cherche à résoudre les conflits en généralisant les rapports sociaux respectueux des droits (et libertés) universels. En effet, elle conçoit les droits et libertés comme étant l'expression de la souveraineté individuelle, c'est-à-dire de l'absence de domination. L'extension à tout le corps social de cette souveraineté individuelle constitue la souveraineté populaire qui, par la loi, en garantit le respect. 

C'est donc l'universalisation de ces rapports sociaux respectueux des droits individuels qui constitue la souveraineté populaire, c'est-à-dire la démocratie. Cette extension des droits individuels à tous aboutit à l'attribution des mêmes droits à tous : l'universalisation des droits établit l'égalité des droits. 

C'est pourquoi le dépérissement du caractère marchand de la force de travail et l'encadrement puis le remplacement du contrat salarial par un statut salarial, reposant sur le Code du travail jusqu'à être semblable au statut de fonctionnaire, est nécessaire pour redonner aux travailleurs le pouvoir sur l'usufruit de leur force de travail. 

Une société socialiste ne peut donc être établie que sur la base de la généralisation de rapports sociaux démocratiques, c'est-à-dire de rapports sociaux respectueux des droits universels reconnus, notamment des droits sociaux dans les activités de production de biens, mais aussi dans toutes les activités sociales par l'extension des services publics. 

Pierre

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