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Philosophie politique

Un livre d'Eric Weil

Par Denis Collin • Bibliothèque • Jeudi 06/10/2011 • 0 commentaires  • Lu 6864 fois • Version imprimable

Dans la grande tradition de la philosophie allemande de Kant et Hegel, Éric Weil a tenté de construire un pensée philosophique systématique. De la Logique de la philosophie (1950) à sa Philosophie politique ((Librairie Philosophique Jean Vrin – 1ère édition 1956 – 262 pages) et sa Philosophie (1960), il fait vivre une pensée classique qu’on aurait pu penser enterrée, après que les héritiers de Hegel, de Marx à Kierkegaard, ont annoncé la fin de la philosophie systématique, voire la fin de la philosophie tout court.

A.     La

§      La philosophie politique prend son point de départ dans la , car “ la question du sens de la politique ne peut se poser que pour celui qui a déjà posé celle du sens de l’action humaine ”. Il faut comprendre politique, ici, dans son sens traditionnel, celui qui considère les structures essentielles de la vie en commun des hommes. La politique fait partie de la philosophie, en tant “ pensée de l’action raisonnable ”.

§      Bien que différentes et autonomes l’une par rapport à l’autre, politique et forment une unité. D’une part, toute théorie sociale contient, au moins implicitement une définition du bien sur le plan politique. D’autre part, toute doit nécessairement se réaliser dans des conditions sociales réelles, à chaque fois particulières. Opposer et politique, c’est interdire toute effectivité à la . Si “ la est première dans l’ordre de la connaissance pour l’individu ”, c’est parce que “ la politique l’est dans celui de la réalité. ” La donne naissance à l’idée d’un droit naturel universel. Pourtant la qui s’occupe des intentions ne peut être confondue avec le droit qui ne s’intéresse qu’aux actes.

§      Si la est un travail de l’homme sur lui-même, elle se fixe pour tâche l’éducation de l’homme, c'est-à-dire le “ dressage de l’animal dans l’homme. ” L’éducation, qui inclut l’instruction, amène l’individu au “ point de départ d’une réflexion personnelle sous la seule autorité de la raison. 

Lire chapitre I, §18-19 la question de l’éducation.
2.     La société

§      A l’inverse de la qui concerne l’individu, en lui-même et dans ses relations avec les autres individus, la société se présente comme un mécanisme dans lequel l’individu est pris. Ce mécanisme social est défini, d’une part, par la lutte avec la nature extérieure, d’autre part par la rationalité. La société est l’organisation du groupe humain dans la lutte avec la nature extérieure. C’est ainsi que “ l’individu est, en ce premier sens, le produit de la société, dans son individualité comme dans son existence. Le travail organisé rationnellement est le trait fondamental de la société.

§      La société a besoin de l’éducation qui doit tenir compte des désirs historiques des individus, mais aussi maintenir vivants ces désirs. La société qui est “ matérialiste ” par définition doit, à la fois, avoir des membres intéressés – “ un individu désintéressé serait inutile, voire dangereux ” – et contenir l’égoïsme des individus.

§      La société est ainsi travaillée par une contradiction. La maxime de l’action pour un individu libre et responsable est celle de l’universalité de la loi , de l’égalité tous les individus. Or cette maxime entre en contradiction avec les règles de conduite de la société du travail : “ la société prescrit la compétition entre des individus inégaux et qui ont pour seul intérêt d’accuser leur inégalité : il faut éviter de faire pour autrui ce qu’on désire qu’autrui fasse pour nous et ne pas subir ce qu’on veut lui faire subir. ”

Lire Chapitre II, §30, sur la fonction de la philosophie et du philosophe.

3.     L’État

§      “ L’État est l’ensemble organique des institutions d’une historique. Il est organique par le fait que chaque institution présuppose et supporte tous les autres en vue de son propre fonctionnement, et que, pour leur fonctionnement, chaque institution est présupposée et supportée par toutes les autres. ”

§      L’État n’est pas une invention mais le résultat d’un processus historique d’organisation de la . Il est le moyen par lequel la peut délibérer, prendre des décisions et agir. Ainsi, l’État ne peut pas être réduit à ses fonctions répressives et s’il a rapport avec la violence, la raison en est que “ c’est par la violence que la raison et la liberté se sont imposées aux groupes traditionnellement dominants et qu’elles ont “informé” des masses jusqu’alors politiquement amorphes et inexistantes, auxquelles les tyrans ont fait appel pour s’appuyer sur elles dans leur lutte contre les pouvoirs traditionnels. L’État permet la réconciliation de l’individu moral et de l’efficacité sociale.

§      L’État moderne repose sur l’universalité de la loi devant laquelle tous les individus sont égaux. Mais cette universalité et cette égalité ne signifient pas nécessairement justice. La loi “ crée l’inégalité en même temps qu’elle crée l’égalité : sont égaux ceux qui portent le même masque, jouent le même personnage du droit, se trouvent dans des situations que la loi définit comme identiques. ”

§      L’État moderne suppose une administration, appareil de l’action de l’État. L’administration est la “ conscience technique (rationnelle) de l’État ”. Mais pour cette raison, l’État ne saurait s’identifier à l’administration car il ne saurait se réduire à la seule “ pensée rationnelle et calculatrice ”. Ainsi “ l’administration constitue le point d’insertion du politique dans le social, du raisonnable dans le rationnel. ”

§      Les problèmes essentiels de l’État moderne sont liés à la réconciliation de la justice et de l’efficacité et à la nécessité de les concilier tous les deux avec la raison. Ici sont englobés les problèmes liés au sentiment national et aux fonctions du nationalisme ainsi que ceux de la justice sociale. Toutes ces questions ne peuvent, cependant, trouver de solution que si l’État est un État éducateur.

Sur la définition de l’État constitutionnel, lire chapitre III, §37. Tout le C. de ce chapitre mérite d’être lu, particulièrement sur les droits de l’homme et les ambiguïtés qu’ils recèlent.

Au total, Philosophie politique est un ouvrage dense, pénétré des hautes exigences morales et, en même temps d’un réalisme constant : la n’a de sens que si elle peut devenir effective, c'est-à-dire si elle se réalise dans une apte à délibérer et à agir. Les considérations finales qui renouvellent la question kantienne de l’ordre cosmopolitique et de l’État mondial montrent que cette pensée, à l’écart des modes, se révèle à la hauteur des problèmes contemporains.

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