Morale et justice sociale
Recension dans "Res Publica"
Tandis que, sans surprise, le débat
français s’abîme dans sa cuisine pré-électorale, que les hautes toques
des partis adaptent le menu mondial du néo-libéralisme aux
particularités gustatives des consommateurs hexagonaux et battent les
œufs de la mayonnaise sécuritaire, le banquet républicain semble ne
plus faire recette. Serait-ce que l’on ait oublié, sur les cartons
d’invitation, d’indiquer le lieu où il se tient ? Serait-ce que les
citoyens ne sachent plus comment s'y rendre, ni pourquoi ? Peut-être,
nous souffle Denis Collin, mais pas seulement. Pour quelle raison, en
effet, devrions-nous, ensemble, attablés, faire bonne figure devant
celui ou celle dont on s’imagine, selon la fable de Hayek, être
l’ennemi économique ? Devant ceux avec lesquels nous ne partageons rien
et dont la propriété nous menace ? Attablés enfin, avec les loups de
Hobbes, au banquet d’un démocrate quelconque, cathodique ne s’adressant
à personne puisque nous confondant tous ?
Denis Collin pose la question, celle que chacun de nos ténors élude :
la politique peut-elle se passer de toute réflexion sur le bon, le
bien, l’égalité, la liberté, la justice, la fraternité... tous concepts
moraux qui ont sous-tendu l’émancipation de nos sociétés en vue de
l’acmé démocratique, tous concepts qui invitaient à la table de la
discussion républicaine ?
Contrastant avec les dénis politico-médiatiques, plus préoccupés de
clientélisme que de vérité, la perspective défendue dans cet essai est
celle d’une nécessaire conjugaison de la réflexion idéologique et de la
pratique politique. Un livre absolument juste.
(http://www.revuerespublica.com/index.php3?page=livres/critique&id=67 )
Ecrit par Jérôme Alexandre Nielsberg
le Dimanche 27 Mars 2005, 16:02
dans "Publications"
Lu 1541 fois.
Article précédent -
Répondre à cet article -
Article suivant