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L'invention de la catastrophe climatique

Questions épistémologiques à partir du livre de Benoît Rittaud

Benoît Rittaud : Le mythe climatique, Le seuil, 2010, collection « Science ouverte ». Dans le débat type « guerre froide » (si l’on ose cette comparaison) qui oppose les propagandistes de la théorie du réchauffement catastrophique de la Terre sous la pression des activités humaines émettrices de gaz à effet de serre (les « carbocentristes » comme les appelle Rittaud) et leurs adversaires « anti-réchauffistes » ou  climatosceptiques », le livre de Benoît Rittaud vient à point. La thèse dominante et politiquement correcte, défendue par le GIEC et propagée par les moyens d’État et les médias, avait déjà été sérieusement étrillée par Vincent Courtillot, un géologue amené par ses travaux à s’intéresser à la paléoclimatologie. Le scandale, provoqué par la diffusion des courriels échangés entre plusieurs membres du GIEC qui demandaient de ne pas faire état des données contredisant le modèle du GIEC, a sérieusement ébranlé la confiance qu’on pouvait accorder à cet organisme. Le livre de BR n’est pas celui d’un spécialiste de climatologie ou des sciences de la Terre. L’auteur est mathématicien et il s’attaque essentiellement aux modèles mathématiques qui sous-tendent les thèses du GIEC. L’affaire est d’autant plus importante que ces modèles jouent un rôle central dans les justifications « réchauffistes ».

L’auteur ne conteste pas le fait constaté d’un réchauffement notable de la planète au cours du XXe siècle – ce qu’admettent également la plupart des « climatosceptiques ». Il rappelle cependant que rien ne permet d’affirmer que les émissions humaines de gaz à effet de serre peuvent être considérées comme la cause de ce réchauffement (il évoque notamment les thèses « solaristes ») ou que ce réchauffement soit durable et prenne l’allure catastrophique du film d’Al Gore et des autres documentaires de science-fiction diffusés à la télévision ou dans les établissements scolaires. Du reste après un pic en 1999, les mesures (sur les bases utilisées par le GIEC) indiquent une stagnation et même un refroidissement de la température moyenne de la Terre...

L’auteur souligne cependant les incertitudes concernant la mesure de ce réchauffement. Comment calculer la température moyenne de la Terre ? Entrent en compte non seulement le nombre et la répartition des stations mesurant la température, leur emplacement exact et les biais que cela peut entraîner mais aussi les modes d’établissement de cette moyenne. Il n’y a pas de moyenne « objective », il y a diverses méthodes de calcul de la moyenne qui peuvent être préférées en fonction de l’objet étudié. En outre, les élèves de lycée savent déjà qu’on peut additionner des volumes et pas des températures et que, par conséquent, la notion de « température moyenne » n’a guère de sens physique.

Cette incertitude concernant les données est d’autant plus forte qu’on remonte dans le temps. Au-delà des trois ou quatre derniers siècles, on ne dispose pas de données fiables, à l’exception de celles données par les carottages mais justement celles-ci sont très loin corroborer les thèses réchauffistes. BR revient en détail sur l’affaire de la « courbe en crosse de hockey » établie par Michael Mann et qui est censée établir de manière indubitable que la période chaude dans laquelle nous sommes est absolument exceptionnelle. Or, nous savons aujourd’hui que cette courbe est fausse et qu’il n’y a pas de « crosse de hockey » et que la planète a déjà connu assez récemment (au cours de derniers deux mille ans) des périodes chaudes et peut-être même plus chaudes qu’aujourd’hui.

En second lieu, BR s’attaque aux modèles d’explication causale. Les réchauffistes soutiennent qu’il y a corrélation entre le taux de CO2 dans l’atmosphère et la température moyenne et ils en déduisent une relation de cause à effet. Tout étudiant sait que corrélation et causalité sont deux notions bien différentes et que leur confusion est la première grande erreur méthodologique. Mais il y a plus. Si la concentration en CO2 est la cause du réchauffement, on devrait voir les courbes de variation du CO2 précéder les courbes de variation de la température mais ce qu’on observe, c’est exactement l'inverse ! C’est donc le réchauffement qui expliquerait l’augmentation de la concentration en CO2 et non l’inverse. Les carbocentristes, confrontés à ce fait, sont obligés d’invoquer un facteur caché pour expliquer cette bizarre inversion temporelle de la causalité. On remarque d’ailleurs que, face aux critiques dont ils font l’objet, les « carbocentristes » du GIEC sont contraints de rajouter des « rustines » à une théorie qui fuit de partout – un peu comme les astronomes disciples de Ptolémée devaient continuellement inventer de nouvelles épicycloïdes pour « sauver les apparences ». Mais, comme le fait remarquer BR, le GIEC ne parvient même plus à sauver les apparences... C’est d’ailleurs pourquoi les données de base sur lesquelles travaillent les laboratoires liés au GIEC semblent être des secrets d’État qu’il est presque impossible à se procurer, ainsi que s’en plaint Vincent Courtillot.

Le traitement des probabilités fait également l’objet de développements précis auquel nous renvoyons les lecteurs. En passant, BR réfute l’argument classique des carbocentristes qui consiste en une reprise du pari pascalien : si les carbocentristes ont raison, on aura bien fait de les croire et s’ils ont tort on n’aura rien perdu. L’auteur rappelle les termes dans lesquels Pascal posait ce pari visant à montrer qu’un joueur devait miser sur l’existence de Dieu. Il rappelle également qu’Émile Borel en a montré l’erreur théorique sur le plan mathématique en 1947.

Le troisième aspect étudié par BR concerne le rôle des modèles mathématiques et la confiance aveugle des membres du GIEC dans les simulations informatiques. La croyance selon laquelle les ordinateurs calculant plus vite que nous sont, ipso facto, plus intelligents explique largement les prédictions du GIEC. Vincent Courtillot, dans une conférence à Nantes (disponible sur internet) donne d’ailleurs une explication : l’énorme masse de travail demandée au GIEC a entraîné une extrême taylorisation du travail scientifique, aboutissant à ce que les concepteurs de modèles sont plus ou moins coupés du travail d’observation des spécialistes. Mais la confiance aveugle dans les modélisations informatiques ne concerne pas, loin de là, que la climatologie, et l’on devrait tirer les leçons de cette expérience pour interroger les autres disciplines qui fonctionnent à coups de modélisations mathématiques.

L’auteur conclut par des réflexions sur la question récurrente de l’épistémologie, celle de la démarcation entre sciences et pseudo-sciences. Le carbocentrisme du GIEC n’est qu’une science fausse, une théorie scientifique qu’il faudra certainement abandonner et BR se garde bien de traiter les scientifiques du GIEC de charlatans et d’imposteurs. Le danger n’est pas tant le carbocentrisme lui-même que ce qui se développe dans son ombre, une « climatomancie » superstitieuse qui se place dans le prolongement des hasardeuses élucubrations de Lovelock sur « l’hypothèse Gaïa ».

Un livre, donc, à la fois salutaire, mesuré dans ses critiques et dont les prolongements épistémologiques vont bien au-delà des difficultés de la naissance de cette science encore jeune qu’est la climatologie. BR défend un scepticisme méthodique en matière scientifique qui mérite d’être mis en œuvre un peu plus systématiquement qu’on ne le fait d’ordinaire. Il est vrai qu’il y a parmi les « climatosceptiques » des courants véritablement antiscientifiques, notamment aux États-Unis : ce sont ceux qui critiquent violemment le GIEC au motif qu’il s’agirait d’une sorte de complot réchauffiste contre le mode de vie américain ou la « société de consommation ». Dans ce genre de débat, les « camps » sont toujours composés d’armées hétéroclites et ce n’est pas une raison pour se ranger dans le camp des « réchauffistes » au motif que les amis de mes ennemis sont mes ennemis. La logique des camps, qui ne vaut pas grand-chose en politique, vaut encore moins dans ces débats scientifiques. Constatations qu’on peut étendre à d’autres discussions : par exemple, les « rationalistes » qui soutiennent les OGM au motif que les rangs des anti-OGM comportent aussi des zozos obscurantistes, devraient y réfléchir à deux fois. Ceux qui soutiennent les OGM au nom d’un consensus scientifique devraient aussi soutenir le consensus du GIEC, mais parfois ils ne le font pas. La raison de ce comportement incohérent tient au poids pris dans ces débats par des motifs politiques, idéologiques, claniques … ou de subventions. Bref, le consensus n’est pas un argument scientifique, pas plus d’ailleurs qu’on ne peut invoquer la science à titre d’argument d’autorité.

Que nous ne soyons pas menacés par une catastrophe climatique, cela évidemment n’enlève rien au fait que le capitalisme détruit les deux sources de la richesse que sont la terre et le travail. Cela n’enlève rien à la nécessité de rompre avec la logique capitaliste de l’accumulation illimitée. D’autant que le catastrophisme climatique n’a absolument pas pour objectif de rompre avec la logique du capital mais plutôt de donner des justifications à un nouveau mode d’accumulation du capital.

Denis COLLIN

PS: Merci à Michel Chemin, collègue et ami, qui a attiré mon attention sur le livre de Benoît Rittaud.

La conférence de Vincent Courtillot à Nantes:

Ecrit par dcollin le Vendredi 21 Mai 2010, 10:59 dans "Bibliothèque" Lu 3893 fois. Version imprimable

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Commentaires

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Orange - le 22-05-10 à 09:38 - #

Bruxelles propose une baisse unilatérale de 30 % des émissions de gaz à effet de serre en 2020 ! Vous signez ? Oui, Non ? Question-débat autour d'un sondage postés sur Pnyx.com

Depuis l'automne dernier et le bide de Copenhague - bide incontestable si résultats mis en perspective avec les campagnes de superlatif Zorro "nous allons sauver la planète" qui l'avaient précédé -, l'on n'entend plus beaucoup parler du combat contre le réchauffement climatique et de ses hérauts ! Les drames de l'Euro et les déconfitures du pouvoir en place en France l'obligeant à un véritable tête à queue écolo pour sauver les meubles sont passés par là. L'hiver et le printemps pourris où l'on n'a jamais autant grelotté aussi, et les cendres de l'économie islandaise qui se déversent sur toute l'Europe, présageant de sombres filtres solaires également. Sans revenir méchamment sur les turpitudes de certains membres du GIEC, qui ont apporté du grain à moudre aux climato-sceptiques ! Bref, je fais partie de ceux qui n'étaient pas mécontents de respirer un peu depuis 6 mois, soulagé de cette mise en veilleuse du climat apocalyptique littéralement étouffant en 2009, même si ça a été pour passer à d'autres apocalypses, … mais bon, au-moins c'est pas toujours les mêmes …

Et puis, dans son édition datée 21 mai, le quotidien Le Monde nous présente une communication que la Commission doit rendre publique dans quelques jours, avec des conclusions très surprenantes …


De la modération

Victor - le 11-08-10 à 17:41 - #

Sans vouloir remettre en cause un livre que je n'ai pas lu - ce serait fort stupide - j'attire votre attention sur le fait qu'encore une fois la critique du réchauffement climatique et du GIEC provient d'un scientifique extérieur à la communauté climatologique. Certes consensus ne vaut pas vérité, mais dès lors que le complot est exclu, il faut bien s'interroger sur les raisons de ce consensus chez les climatologues, c'est à dire a priori les plus à même d'expliquer le climat (pour peu que l'on reconnaisse le caractère scientifique de leur démarche, j'y reviendrait plus bas)

Par ailleurs, il est inexact de présenter la  corrélation entre le taux de CO2 dans l’atmosphère et la température moyenne comme l'argument principal des "réchauffistes". Avant d'être une observation, le réchauffement climatique est une prédiction. Les résultats de la spectroscopie (bande d'absorbance infrarouge de différents composés) ont entraîné dans les années 70 la formulation de l'hypothèse suivante : l'émission de CO2 dans l'atmosphère doit entraîner une élévation de la température terrestre. Ce modèle est bel et bien issu d'une démarche hypothético-déductive et faire la leçon épistémologique aux climatologues sur la différence entre corrélation et causalité comme on le ferait à des étudiants est une attaque fort injustifiée et méprisante pour ses contradicteurs. 

Dans le même ordre d'idée, parler de climatomancie et de superstitions, c'est à dire rejeter la climatologie hors de la science aux cotés de l'astrologie et de la numérologie me paraît également injurieux. Le débat est impossible si chaque participant dénie à l'autre sa qualité de scientifique, la controverse scientifique ne peut alors virer qu'à la polémique idéologique et la foire d'empoigne.

Le but de ce commentaire n'est pas de faire un plaidoyer en faveur des thèses réchauffistes - discussion qui pourrait occuper des pages entières sans conclusion satisfaisante, je n'ai pas la prétention de pouvoir réviser votre opinion - mais de rapeller l'importance d'une éthique de la discussion. Votre façon de retranscrire le débat - je ne sais pas si le mot "climatomancie" est de votre crue ou emprunter à Benoît Rittaud - ne permet pas dans saisir les enjeux scientifiques. Tout du moins, avant de lancer une charge aussi violente, on aimerait avoir quelques explications en quoi d'éventuels erreurs méthodologiques et récupérations politiques justifient le bannissement de la cité scientifique ? Quelle partie des rapports du GIEC relèvent de la pensée magique et de la superstition ?

Et s'il était démontré que ces travaux ne satisfont pas les normes de la scientificité, ce dont je doute, il faudrait expliquer comment des universitaires (a priori plutôt désintéressés, leurs salaires ne sont pas indexés sur la température du globe - quoique leur prestige...) ont-ils pu se fourvoyer ainsi collectivement et continuer à publier dans les plus sélectives et prestigieuses revues à comité de lecture (Nature, Science,...) ?

On pourrait dire la même chose de Lovelock, certes plus contestable sur le plan théorique (éventuelle incompatibilité avec la sélection naturelle). Si ce qu'il raconte est pures élucubrations, comment réussit-il à les publier dans Nature et comment depuis maintenant 20 ans lui et ses contradicteurs se donnent la peine de se répondre dans les colonnes de différentes revues ?

Sur le fond, le point commun entre Lovelock et les climatologues est de beaucoup faire appel à la modélisation mathématique (Daisyworld et modèle de la Terre respectivement), il faut néamnoins comprendre que ce recours est forcé : il est impossible de reconstruire une Terre si ce n'est virtuelle. Tout modèle analogique serait absurde. Cela ne signifie pas pour autant que ces chercheurs ont renoncé à confronter leurs modèles aux faits (contrairement à d'autres (prétendus ?) scientifiques, tels certains économistes...). Dans le cas des climatologues, à défaut d'une planète bis lieu d'expérimentations à grande échelle, ils s'efforcent de confronter leur modèle au climat passé - avec toutes les incertitudes que comporte sa mesure. Quelle autre métholodologie serait possible ?

Vous avez des mots très durs, et il ne faudrait pas oublier que le véritable ennemi plus que les erreurs d'une époque (que seul le temps pourra révéler avec certitude) sont les idéologies anti-matérialistes et anti-rationnalistes qui pullulent (conservatisme, New Age, créationnisme, sectes diverses, fondamentalisme religieux,...). Si c'est à la vérité que nous nous attachons, je m'inquièterai bien plus de la délivrance d'une thèse à Elisabeth Tessier ou de l'enseignement littéral de la Genèse dans les écoles publiques américaines que des rapports du GIEC.


Oubli du ?

laurent - le 10-08-11 à 22:51 - #

La théorie du complot du GIEC me laisse sceptique.Il me semble que les courbes de M. Courtillot sont sujettes à caution. Un point d'interrogation dans le titre de la critique du livre me semblerait souhaitable. Le fait de s'interroger sur une thèse plutôt que de nier la thèse permet d'envisager un débat plus serein.